Au temple du savoir Cheikh Anta Diop, le voyage dans les nuages, une réalité.

A l’université Cheikh Anta Diop, l’usage du chanvre indien communément appelé l’herbe qui tue n’échappe pas à la règle. Il ne manque pas d’étudiants qui consomment cette drogue pour accroitre certaines performances liées à l’apprentissage. Mais, cette quête de la connaissance est très souvent mélangée à un voyage dans les nuages. C’est dire que la consommation et le circuit de la drogue échappent au contrôle des responsables du campus social.

Tard dans la nuit, nous nous retrouvons dans le campus social de l’université Cheikh Anta Diop. A cette heure tous les chats sont gris. Les va et vient dans tous les sens rythment la circulation au sein du campus. Certains étudiants se dirigent vers les amphithéâtres où dans les salles d’études pour y réviser leurs leçons. Par contre, d’autres se promènent dans les rues et les pavillons, soit pour s’apprêter aller dormir, soit pour vaquer à d’autres occupations.
Visite dans la famille des «Hoods»

Quelques minutes après, nous sommes au cœur du groupe des frères de «Hoods», ce qui signifie dans le jargon estudiantin, les copains avec qui ont vis les pires réalités de la vie. Nous croisons leurs regards, l’approche se prépare en vue d’entamer une conversation. Pour pouvoir mieux les rapprocher, nous avons joué le jeu en nous faisant passer pour des «in» qui n’ont rien à voir avec les «comon-town». Les choses sérieuses commencent. Les paquets de «yamba» (chanvre indien) se dévoilent. Un parmi les «hoods» commence à dégrainer. En moins de cinq minutes, il a réussi à dégrainer deux paquets de 1000 F CFA.

De véritables mains d’expert, on voyait que c’est un habitué à cet exercice assez particulier. Ensuite commence le mixage avec trois bâtons de Marlboro. Puis vient le moment de rouler l’herbe. Il s’empare des papiers à rouler (Rizla) et commence à faire des «doublés». La première ficèle est prête pour la consommation. Allumettes à la main, la petite flamme a jailli, et c’est le moment du «three-threepass». C’est-à-dire, chacun a droit à trois tirs qui font voyager dans les nuages. Ils affirment, que cela permet d’atteindre le sommet de l’intelligence de même qu’un niveau de réflexion très élevé.
Pourquoi le chanvre indien ?

Le dialogue est ouvert et la première question posée est celle-ci: Pourquoi utilisez- vous cette drogue ? Les réponses sont multiples l’un d’entre eux nous dit : «Moi, je consomme la drogue pour oublier les problèmes et les soucis de la vie». Embouchant la même trompette, un autre affirme : «Pour moi la drogue est la meilleure chose que je peux avoir dans ma vie. Même, si je n’ai rien à manger, ce n’est pas grave. La drogue ouvre mon esprit et me permet d’avoir un degré de compréhension élevé». L’aspect spirituel de la drogue est révélé avec les propos tenus par un autre qui soutient que «la drogue comme le disait Bob Marley nous élève au rang des anges. Nous voyons très clairement ce que les saintes écritures enseignent à savoir le partage, l’amour et la paix».
Et les fournisseurs ?

L’ambiance est plus rythmée les esprits plus éveillés. Mais, véritablement, qui sont les fournisseurs de ces étudiants ? Mystère et boule de gomme, puisque personne ne veut donner des indications claires. Tout le monde hésite, personne ne peut se risquer à ce nouveau jeu pour faire éclater la vérité. Les fournisseurs sont-ils des étudiants, ou ce sont d’autres personnes qui fréquentent le campus social ? Un «voyageur», visiblement dans les nuages soutient ceci : «Parmi les vendeurs, il y a des étudiants». Son camarade se veut plus claire lorsqu’il affirme «les fournisseurs sont loin d’être des étudiants». D’autres par contre soulignent qu’ils ne s’occupent pas de la provenance et se contentent de consommer tout simplement.
La lutte engagée

Interpellés sur le sujet, nombre d’étudiants qui ne consomment pas cette drogue soutiennent être au courant du comportement de quelques-uns de leurs camarades. C’est le cas de cet étudiant, trouvé en train de déguster sa tasse de café-Touba : «Je suis au courant de la circulation de la drogue au sein du campus, car ayant des amis consommateurs. Toutefois, il préfère être leur complice : «Je préfère être un complice plutôt que de trahir mes amis en les dénonçant. Ils sont comme des frères pour moi. Consommer de la drogue c’est leur choix et je me dois de le respecter».

Face à une telle situation, les autorités administratives semblent ne pas trop se préoccuper d’un mal qui gangrène le temple du savoir. Un tour chez le chef de sécurité du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud) qui nous accueille dans ses locaux. Sans détours, il déclare être au courant de la circulation et de la consommation de la drogue au sein du campus. Donnant preuves à ses arguments, il affirme : «Pendant l’hivernage, si vous allez derrière les pavillons, vous verrez que les étudiants utilisent cette drogue». Alors, quelles initiatives pour lutter contre ce fléau ?

«Il est difficile de distinguer les vrais étudiants des faux. Il y a trop de monde et nous ne pouvons pas les contrôler tous. Nous ne pouvons pas aussi fouiller les étudiants, car c’est toujours source de problèmes» clame-t-il. Rappelant qu’ils n’ont pas le droit d’accéder dans leurs chambres pour des contrôles, il souligne qu’il ne manque pas de tomber sur des fumeurs. «Dans ces circonstances, nous essayons tout simplement de les faire revenir à la raison. Dans le cas contraire, nous faisons appel à la police, parce que certains étudiants fument la drogue par inconscience. Le chef de la sécurité du Coud a terminé en notant qu’ils ont pu multiplier des agents de sécurité sur le terrain pour mieux surveiller, contrôler et lutter contre l’usage de l’herbe qui tue à petit feu les étudiants logeant dans le temple des «voyageurs» du savoir.

Senenews