La Galerie nationale a inauguré mercredi une exposition retraçant l’histoire des femmes esclaves à travers plusieurs biographies consacrées à des personnages “puissants” mais “peu connus”, malgré l’ampleur de leur combat pour se libérer et transmettre la culture africaine à leurs descendants.

Cette exposition coïncide avec la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves. Il obéît à “un devoir de mémoire et de reconnaissance envers plus de 5 millions de femmes africaines”, selon la représentante de l’UNESCO en Afrique de l’Ouest, Guiomar Alousa Cano.

Des femmes telles que la reine Anne Zingha d’Angola (1582-1664), Sojourner Truth des Etats-Unis (1787-1883) ou les Amazones du Dahomey au Bénin (1708-1740), par exemple, ont toutes joué “un rôle prépondérant” pour la cause des femmes et l’abolition de l’esclavages, tout en essayant de préserver la dignité et l’unité de leur communauté.

Selon Mme Cano, “la question du genre et du rapport entre les hommes et les femmes n’a pas été abordée très souvent dans les recherches et débats sur l’esclavage”. “Or, force est de remarquer que les conditions des hommes et des femmes n’ont pas été les mêmes dans le rapport de servitude”, a ajouté la représentante de l’UNESCO.

Aussi a-t-elle souligné la nécessité “d’approfondir la réflexion sur les conséquences contemporaines de ces tragédies et leur implication sur nos sociétés, qui se traduisent par le racisme, la discrimination raciale et l’intolérance, mais également toutes les formes modernes d’esclavage et d’exploitation”.

Du point de vue de la coordinatrice des programmes d’ONU-Femmes Sénégal, Marie Pierre Chaupin, “l’organisation et la mentalité patriarcale de toutes les sociétés esclavagistes de l’époque ont eu des répercussions directes sur les modes d’exploitation de l’esclavage féminin et masculin”.

La femme “a été une esclave sociale dont les fonctions étaient essentiellement liées à l’univers domestique et familiale des maîtres”, a indiqué Mme Chaupin, selon qui “les femmes esclaves de sexe féminin vivaient dans une grande promiscuité avec leurs maîtres et maîtresses qu’elles devaient laver, habiller et accompagner en toute circonstance”.

“Les femmes esclaves pouvaient se marier et fonder une famille, mais la séparation de leur famille (…) était une épée de Damoclès avec laquelle elles devaient vivre en permanence. Les pratiques voulaient également que l’enfant d’une esclave soit arraché durant la petite enfance ou adolescence”, a-t-elle expliqué.

Si l’on en croit Marie Pierre Chaupin, “la cruauté morale de cette pratique a souvent poussé un grand nombre de femmes esclaves à vouloir briser le cycle héréditaire de l’esclavage et surtout épargner leur descendance des chaînes qu’elles portaient elles-mêmes par le biais de l’infanticide et des avortements”.

“L’exploitation sexuelle des esclaves de sexe féminin constitue sans doute l’une des pratiques sociales les plus spécifiques et les plus répandues du système esclavagiste”, a-t-elle rappelé, avant de préciser que “cette journée doit nous rappeler que le combat pour la liberté, l’égalité et la fraternité est d’actualité dans un monde marqué par d’autres formes d’esclavage”.

Cette exposition est organisée par le Centre d’information des Nations unies (CINU), en partenariat avec le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes (France).

Aps.sn