A la suite d’un entretien qu’il a accordé a Amon Rémy Mallet (ARM), bloggeur à Dakar, Souleymane Bachir Diagne (SBD) se prononce sur les réformes et l’avenir de l’enseignement supérieur.  

ARM : On rappelle que vous aviez été choisi pour diriger le comité de concertation sur l’enseignement supérieur au Sénégal qui a débouché sur certaines recommandations. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cela ?

SBD : Pour ce qui est de la commission que j’avais dirigée, je suis content qu’aujourd’hui il y ait un consensus total sur la nécessité de réformer et aussi sur le fait que les propositions qui sont sortis de la concertation nationale sur l’avenir de l’enseignement supérieur aient été appropriées par tout le monde.[..] Je fonde beaucoup d’espoir sur les universités qui vont être créées, notamment la deuxième université de Dakar et l’université agricole qui s’installera à Kaolack. Je fonde aussi beaucoup d’espoir sur le développement des enseignements professionnels et sur l’université virtuelle. Les enseignements à distance sont l’avenir de l’enseignement. Je crois que l’université sénégalaise mais aussi celles africaines en général ont besoin de s’approprier ces technologies d’enseignement à distance de la même manière que les africains se sont appropriés la téléphonie pour résoudre leurs problèmes. Ils ont été très inventif sur les technologies de téléphonie donc il n’y a aucune raison que nous ne le soyons pas dans le domaine de l’enseignement à distance. Maintenant je suis plus inquiet pour les autres systèmes d’enseignement. Le Sénégal vient de sortir d’une très longue grève des enseignants du secondaire. Heureusement que la grève s’est terminée in extremis.

ARM : Comment imaginez-vous l’enseignement supérieur sénégalais dans 20 ans ?

SBD : D’abord commençons par dire ce que nous risquons. Si le système d’enseignement supérieur continue d’aller à vau-l’eau avec les grèves à répétition, on va certainement voir des élites qui vont se retrouver ailleurs que dans le système d’enseignement public. Et le système d’enseignement public va être abandonné aux enfants des classes défavorisées. Ce qui aura pour conséquence d’augmenter les inégalités. Et pour rattacher cela à la question antérieure sur la migration, il faut bien se rendre compte que le décollage de l’Afrique risque de se faire au prix d’inégalités énormes. Mais c’est par un bon système d’éducation public qu’on fera en sorte que le fils d’ouvrier ne finisse pas fatalement ouvrier ou chômeur. C’est la raison pour laquelle il faut redresser le système d’enseignement supérieur. Je crois que le Sénégal a une tradition intellectuelle très importante et des ressources humaines de qualité quand il s’agit des enseignants. Donc si tout va bien et tout est mis en œuvre, ces ressources-là feront du Sénégal un pays plus prospère et émergent, il faut l’espérer. J’ai donc de l’espoir pour la génération qui vient et je crois que le pire est derrière nous.

1 COMMENTAIRE

  1. Evitons de comparer technologies de téléphonie et technologies d’enseignement à distance.Le téléphone certes aujourd’hui est un outil indispensable mais n’a pas pour autant résolu les problèmes des sénégalais.De plus, l’outil informatique et l’internet sont des produits qui ne sont pas forcement faciles d’accès.Espérons juste que cette politique de developpement de l’enseignement à distance sera prise au sérieux et qu’elle se traduira en résultats concrets.