L’assassinat de Thomas Sankara a marqué l’Afrique et le monde, un peu comme l’assassinat de Patrice Lumumba ou celui de Che Guevara.

Cette popularité montre surtout l’aspiration des travailleurs et des jeunes africains de connaître enfin un chef de l’Etat honnête et soucieux de développer le pays. L’exemple de Sankara témoigne de l’envie des peuples de croire que cela existe : un dirigeant du monde actuel qui voudrait aider les peuples d’Afrique à s’en sortir en se servant de son pouvoir d’Etat. Une illusion dangereuse, nous semble-t-il… et qui n’est nullement propre aux Africains. Tous les peuples du monde ont rêvé d’un dirigeant qui les défendrait, les comprendrait. Ce sont des utopies catastrophiques…

L’ « homme intègre », pour reprendre l’expression que Sankara a choisie comme nom du peuple de l’ancienne Haute Volta colonisée devenue Burkina-Faso, semble très différent des gouvernants actuels. Car bien des gens sont persuadés que le problème consiste à trouver des dirigeants politiques bourgeois mais intègres !!!

Il semble également que les grandes puissances, singulièrement la France, et aussi la Côte d’Ivoire ne soient pas sans responsabilité dans son assassinat. Mais est-ce que cela signifie que Sankara était du côté des travailleurs et du peuple du Burkina ? Ou seulement que la France et la Côte d’Ivoire (leurs dirigeants) ne voulaient pas d’un ami de Khadafi à la tête du Burkina…

Pour autant, ce chef d’Etat anciennement officier – un capitaine d’armée – est-il devenu un révolutionnaire, a-t-il réellement pris le parti des déshérités comme il l’affirme ?

Poser la question n’est pas une évidence à l’égard de la popularité actuelle du personnage et pourtant son assassinat lui-même pose question … non sur ses adversaires mais sur qui était Sankara… puisque que c’est celui qui était en théorie son plus proche ami qui a organisé son assassinat.

Pour connaître quelqu’un, il ne suffit pas de connaître ses ennemis, mais il suffit par contre de connaître ses amis…

 

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L’assassinat de Sankara par « son frère », les crimes de Blaise Compaoré

Peu de temps après l’assassinat par Blaise Compaoré, le 15 octobre 1987, de Thomas Sankara, « son ami », « son frère » tel qu’il le disait, et de douze de ses conseillers à la présidence, c’est une centaine d’habitants de Koudougou qui sont les nouvelles victimes de Compaoré soi-disant pour une rébellion qui n’a jamais eu lieu. Puis Compaoré, cet ancien compagnon de Sankara qui l’a porté au pouvoir, fait fusiller Henri Zongo et Jean-Baptiste Lingani, ses anciens compagnons et compagnons de Sankara dans la « révolution » ; il fait assassiner aussi ses opposants Clément Oumarou Ouédraogo et Watamou Lamien, et éliminer Hyacinthe Kafando, un de ceux qui ont mitraillé Sankara. En 1990, Guillaume Sessouma, professeur d’université, et l’étudiant Dabo Boukary sont enlevés, torturés et assassinés tout comme David Ouédraogo, chauffeur du frère de Blaise Compaoré, les exactions étant faites dans le palais de la présidence. Le 13 décembre 1998, le journaliste indépendant, Norbert Zongo et trois autres personnes sont assassinées sur la route, ce qui déclenche une manifestation contre le régime de plus de dix kilomètres de long à Ouagadougou le jour de l’enterrement. En 2000, c’est un collégien, Flavien Nébié, qui est tué. Et combien d’autres assassinats ? Pas loin d’une centaine encore, sont à mettre à l’actif de Compaoré…

Quelques questions

Mais comment était-il possible que Thomas Sankara se dise lui aussi « ami et frère » de Blaise Compaoré, voilà une première question… Il n’y avait aucune divergence de fond, aucune nature différente, entre Sankara et Compaoré, deux chefs militaires qui avaient misé sur un discours nationaliste et radical pour encadrer la révolte d’un peuple. Et ils l’ont fait d’abord parce que la situation était celle d’un pays où les dirigeants, de crise en crise, s’avéraient incapables d’encadrer de canaliser la montée sociale… où les travailleurs et les jeunes se radicalisaient face à une armée toujours dirigée par de vieilles badernes. Ils se sont dit qu’on pouvait faire jouer à l’armée un tout autre rôle : celui de faire mine de prendre la tête de l’élan populaire. De là à être réellement capable d’être une force de transformation sociale, de là à avoir de vraies perspectives face aux classes sociales et à l’impérialisme, il y a une distance infranchissable !

Dans bien des pays, on a connu le même type de dirigeant comme Nasser et Sadate ou comme Khadafi… Ils ont tenu un discours nationaliste radical qui a enflammé la population mais la réalité a, bien vite, montré dans quel camp ils étaient face à la réalité : à la lutte des classes !

Essayons seulement d’imaginer que Sankara avait révolutionné vraiment le Burkina-faso. Comment était-il possible, si « la révolution » de Sankara avait vraiment changé l’ordre des choses au Burkina, qu’une armée puisse venir ainsi le tuer, comment se fait-il que le peuple n’avait toujours aucun pouvoir pour l’en empêcher ?

Troisième question : comment se fait-il que le peuple n’ait pas pris partie pour lui ? C’est un Président presque isolé qui sera renversé et assassiné dans un putsch très violent le 15 octobre 1987. Ce n’est qu’après sa mort que son image a grandi…

Comment se fait-il qu’il ait suffi de sa mort pour qu’on retrouve la dictature militaire classique ? Parce qu’on ne l’avait jamais quittée.

Enfin, quatrième question : quel motif avait Compaoré d’en vouloir à Sankara ? Eh bien, ce dernier était justement en train de mettre en place une nouvel organisme chargé de le coiffer, de lui ôter tout pouvoir : une espèce de super secrétariat d’un nouveau Conseil National de la Révolution. Des soldats sont entrés et ont tiré sur les présents à la réunion qui rassemblait ce super secrétariat. Il ne s’agit donc au premier abord que d’une lutte pour le pouvoir et non d’une divergence dans laquelle Sankara agirait dans l’intérêt du peuple et les autres militaires iraient en sens contraire.

Si tel était le cas, pourquoi Sankara n’aurait-il jamais préparé les travailleurs à ce danger, ou les aurait-il au moins prévenu ?

En fait, ce n’est nullement le peuple burkinabé qui était amené à trancher dans les décisions car la conception de la démocratie d’un Sankara n’a jamais consisté à réellement donner aux travailleurs et aux jeunes les moyens de prendre les décisions sur les problèmes qui les concernent directement, c’est-à-dire sur l’avenir de la société. En cela, Sankara, tout radical qu’il est en paroles, n’a rien d’un révolutionnaire. Nous sommes désolés de le dire, même si cela nous fâche avec nombre de nos lecteurs. Il n’y a que la vérité qui est révolutionnaire. Celui qui n’ose pas la dire, pour ne pas se fâcher avec ses amis, ne l’est pas.

En quoi est-ce important aujourd’hui de savoir des vérités aussi dures sur Sankara, des vérités qui brouillent ainsi une belle image ? C’est important parce que diffuser une telle image, c’est faire croire que nous devons attendre un Robin des bois, un homme parmi les dirigeants de la société, qui viendra nous sauver.

Non, n’attendons pas un sauveur sorti des dirigeants militaires ou politiques ! Travailleurs, jeunes, femmes, opprimés, sauvons-nous nous-mêmes !!!

L’image d’un Che Guevara africain

En effet, bien des Africains se souviennent d’un Thomas Sankara comme d’un libérateur, comme d’un ami des opprimés. Ils ont retenu ses discours comme celui-ci :

« Parce que de toutes les races humaines, nous appartenons à celles qui ont le plus souffert, nous nous sommes jurés de ne plus jamais accepter sur la moindre parcelle de cette terre le moindre déni de justice. »

ou encore

« Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple !  »

Ces discours, il les a tenus quand il a été viré des gouvernements. Mais, quand il était en fonction avant d’avoir le pouvoir, on n’a rien de différent chez Sankara par rapport à tout autre chef militaire ou ou tout autre sous-ministre. D’ailleurs, lui-même n’a jamais expliqué avoir été renvoyé de tel ou tel poste par des actions qu’il aurait commises contre la dictature à laquelle il participait.

Le plus souvent, on a retenu les conférences de Sankara à l’ONU. Comme si des paroles radicales devaient réveiller les chefs d’Etat du monde capitaliste en parlant « au nom de tous les laissés-pour-compte » !

Pour beaucoup de jeunes sincères, Sankara est un exemple, un révolutionnaire et même certains croient que c’était un marxiste !

Sankara déclare à l’OUA que : “Nous avons le devoir aujourd’hui de créer le front uni du Club d’Addis-Abeba contre la dette.”

“Nous”, ce sont les chefs d’état de l’Afrique.

Sankara vient de démontrer que la dette signifiait qu’il n’y avait toujours pas d’indépendance.

Mais alors les chefs d’état qui acceptent de la faire payer aux peuples sont les nouveaux gouverneurs noirs des états occidentaux, les nouveaux négriers.

Donc “nous” signifie que Sankara se compte parmi les chefs d’état, les nouveaux négriers…

Je ne vois pas ce qu’un chef d’état défenseur de l’ordre bourgeois et impérialiste ferait du marxisme…

Que faisait ce « leader du peuple » à essayer de convaincre les dictateurs du monde réunis à l’ONU ? Que ne cherchait-il plutôt à lier entre eux les travailleurs du monde ? Certainement pas ! Car les travailleurs n’étaient nullement une perspective pour lui. Il préférait se dire pour « ceux qui souffrent ». Un Robin des bois qui vient sauver le pauvre peuple mais qui ne veut surtout pas que le peuple travailleur se sauve lui-même !

Mais ils n’ont pas retenu le discours de Karl Marx : « Ni césar (chef militaire démagogue et populiste), ni tribun (politicien démagogue et populiste) »

Un cadre militaire devenu politicien qui participe volontiers au pouvoir et profite de plusieurs coups d’état : une bien curieuse « révolution »

En septembre 1981, il devient secrétaire d’État à l’information dans le gouvernement du colonel Saye Zerbo. Il démissionne le 21 avril 1982, déclarant « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ! »

Le 7 novembre 1982, un nouveau coup d’État portait au pouvoir le médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo. Sankara devint Premier ministre en janvier 1983, mais fut limogé et mis aux arrêts le 17 mai. Sankara n’en a jamais donné le motif…

Un nouveau coup d’État, le 4 août 1983 place Thomas Sankara à la présidence. Loin de supprimer l’ancien système dictatorial de l’armée, il a lui-même développé un système dictatorial, créant les CDR (soi-disant Comités de défense de la révolution qui étaient une forme d’encadrement de la jeunesse dans des milices super-puissantes et coupables d’exactions), qui eurent toutefois tendance à faire régner une terreur peu conforme aux objectifs prétendus de lutte contre la corruption.

Après des études secondaires à Bobo-Dioulasso, la carrière militaire de Thomas commence à 19 ans, avant qu’il ne soit envoyé poursuivre sa formation à Madagascar. Il aura donc l’occasion d’observer de ses propres yeux les soulèvements populaires malgaches contre le régime néo-colonial en 1971/1972. Ici, naissent ses idées d’une « révolution démocratique et populaire ».

Il retourne en Haute-Volta en 1972, et participera à la guerre contre le Mali de 1974. En 1976, il devient Chef du 31ème Régiment d’Infanterie Commando de Pô. Il va ensuite en France, puis au Maroc où il rencontre en 1976 Blaise Compaoré. Les deux hommes deviendront rapidement très proches, se considérant comme des « frères ». Les deux hommes formeront avec Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani le ROC ou Rassemblement d’Officiers Communistes qui sera un rassemblement de jeunes officiers voulant changer les choses.

Thomas Sankara est nommé Secrétaire d’Etat à l’Information en Septembre 1981 dans le gouvernement Saye Zerbo, et fera sensation en se rendant à vélo à sa première réunion de cabinet. Il démissionnera avec fracas le 21 Avril 1982 pour marquer sa protestation, en s’écriant « Malheur à ceux qui veulent bâillonner le peuple ».

Un coup d’état plus loin, Thomas Sankara devient Premier Ministre sous l’impulsion de Jean Baptiste Ouédraogo.

Le 7 novembre 1982, un coup d’état place Jean-Baptiste Ouedraogo au pouvoir. Thomas Sankara sera nommé Premier Ministre en janvier 1983. Dans son discours d’investiture, le mot « peuple » revient 59 fois. Thomas Sankara se fait immédiatement remarquer au sommet des « non-alignés » de New Delhi par un discours virulent contre le néocolonialisme. Mais le système de la Françafrique fait la pluie et le beau temps ! Après une visite des conseillers français aux affaires africaines, Guy Penne et Jean-Christophe Mitterrand, le fils du président français, Thomas Sankara sera emprisonné par Ouedraogo le 17 mai 1983.

Ce n’est pas un adversaire de l’impérialisme

Son ami d’alors Blaise Compaoré organise un coup d’état le 4 Août 1983, et le libère. C’est Blaise Compaoré qui va porter Thomas Sankara au pouvoir en août 1983.

« Tom Sank » comme certains l’appelaient voulait être un président différent, et incarnait un certain enthousiasme. Il a commencé par prendre quelques mesures spectaculaires comme vendre les voitures de luxe des membres du gouvernement, et se déplaçait lui-même en Renault R5.

Au premier anniversaire de la « Révolution », le 4 Août 1984, il change le nom de son pays de Haute-Volta, hérité de la colonisation, en « Burkina Faso », ce qui signifie « Le Pays des Hommes Intègres ».

Intègre, mais vis-à-vis de qui ? De la finance internationale ? La « révolution » s’est accompagnée d’une gestion des grands équilibres financiers que, à bien des égards, le Fonds monétaire n’aurait pas reniée : stabilisation du service de la dette extérieure, rigueur dans l’administration d’un budget de 100 milliards de francs CFA dont l’équilibre, jusqu’en 1987, tenait à la compression des charges de fonctionnement et au relèvement de la pression fiscale urbaine.

Sankara face à la classe ouvrière

Mais, derrière ces mesures et ces proclamations, se cache la nécessité pour Sankara de museler la classe ouvrière…

Sankara parle de “l’inexistence d’une classe ouvrière consciente… et organisée, par conséquent”.

Quand il était arrive au pouvoir, Sankara ne tenait pas le même discours. Dans son discours du 2 octobre 1983 Sankara déclarait : “la classe ouvrière voltaïque, jeune et peu nombreuse, mais qui a su faire la preuve, dans ses luttes incessantes contre le patronat, qu’elle est une classe véritablement révolutionnaire“.

Pour combattre le poids de la classe ouvrière et des syndicats, il créa les CDR (Comités de défense de la révolution) qui étaient coordonnés dans le CNR (Conseil national de la révolution).

Il voulait imposer aux fonctionnaires de participer à des chantiers, et ça ne plaisait pas à tout le monde. Il s’est heurté aux partis politiques et aux syndicats qui préféraient garder leurs habitudes, leurs prérogatives. Dans l’enthousiasme de la « révolution », il remplace par exemple 2.600 instituteurs par des « révolutionnaires » peu qualifiés. Mais peut-on parler véritablement de révolution populaire ?

De plus, les comités de défense de la révolution (CDR), implantés dans les villages, détenaient de larges pouvoirs administratifs, économiques (depuis août 1985, une réorganisation foncière leur donne un rôle-clé en matière de gestion des terres) et judiciaires (les responsables des CDR siègent aux tribunaux de conciliation chargés de juger « tout comportement antisocial »).

Pour Sankara, les CDR, à la fois “organisations authentiques du peuple dans l’exercice du pouvoir révolutionnaire”] et “détachements d’assaut” (discours du 2 octobre 1983). Ils remplacent la police, la démocratie, les partis politiques et les syndicats…

Les CDR, dirigés par le capitaine Pierre Ouédraogo, très lié au chef de l’État, sont désormais omniprésents dans la vie et l’administration du pays, et la position des militaires s’est encore sensiblement renforcée au sein du régime. En effet, depuis la mise à l’écart de la LIPAD-PAI (Ligue patriotique pour le développement-Parti africain pour l’indépendance) de tendance marxiste-léniniste, en août 1984, les forces civiles n’ont plus guère d’influence dans la direction du pays et les syndicats ont souvent dû s’effacer au profit des CDR créés dans les services. La Confédération syndicale burkinabé (CSB), centrale la plus active qui avait soutenu le régime, semble être en sommeil, et son dirigeant, Soumane Touré, membre de la LIPAD-PAI, est détenu depuis janvier 1985. De nombreux responsables de syndicats contestataires proches du PCRV (Parti clandestin marxiste-léniniste, pro-albanais) ont été arrêtés puis relâchés à plusieurs reprises en 1985 et 1986.

Dans ce climat politique assez tendu, la guerre éclair qui a opposé le Burkina au Mali à la fin du mois de décembre 1985, à propos d’un litige frontalier datant de l’indépendance, a visé, du côté burkinabé, à détourner le mécontentement populaire en soulevant le nationalisme contre le peuple malien. Sans succès. Il n’a pas suscité un élan national susceptible d’apaiser ces divisions. Du reste, profitant d’un meeting de “réconciliation avec les frères maliens”, le président Sankara, soucieux d’apaiser les tensions internes au pays, a annoncé des mesures de clémence en faveur de hauts dirigeants des régimes précédents, dont les ex-présidents Saye Zerbo et Jean-Baptiste Ouédraogo. En février 1986, deux membres de la LIPAD-PAI, l’ancien ministre Adama Touré et son homonyme syndicaliste, emprisonnés en octobre 1984, ont été libérés. Enfin, alors que les suspensions et licenciements de fonctionnaires “pour attitude contre-révolutionnaire” s’étaient multipliés de façon inquiétante, les autorités ont officiellement réintégré 250 des 2 000 enseignants licenciés pour fait de grève en mars 1984.

Le CNR semble avoir péché en matière économique et sociale par un excès de pragmatisme et de précipitation qui a nui à sa crédibilité. Certaines mesures comme la suppression des loyers ou la réforme de l’école ont été rapportées. Le pays connaît une situation financière difficile : début mai 1986, le budget, sérieusement grevé par le service de la dette extérieure, n’était toujours pas clairement arrêté. L’effort populaire d’investissement s’est traduit par une ponction de 5 à 12% sur les salaires, ce qui a accru le mécontentement de couches urbaines acquises au régime à ses débuts. La marge de manoeuvre du CNR, qui entend toujours accorder la priorité à la paysannerie, s’est trouvée d’autant plus réduite. Par le biais de campagnes massives de vaccination, la distribution de vivres dans les régions sahéliennes ou la participation à l’aménagement de la vallée du Sourou, les CDR, qui ont tenu en avril 1986 leur première conférence nationale, occupent le terrain, mais ils ne semblent plus emporter, comme auparavant, l’adhésion populaire.

Rien d’étonnant ! Le gouvernement pour trouver les fonds, procédait aux “dégagements”, licenciements et mise en retraite d’environ 10% des fonctionnaires, soit quelques 2.000 personnes. Une fois récupéré quelques milliards de francs CFA à la suite des procès contre la corruption et la spéculation, c’est directement aux salariés et aux étudiants que le régime réclame une forte contribution financière.

Aux salariés les mieux payés, il a été demandé de donner un mois de salaire et de réduire leurs indemnités. Aux étudiants, on a demandé une contribution de 2.500 F CFA (soit 50 francs français) par mois. Dans un même temps, le taux d’imposition des commerçants était augmenté. Le 4 janvier 1984, Sankara décidait pour l’année 1985 de suspendre le paiement des loyers d’habitation à leurs propriétaires burkinabé et pour les baux commerciaux et industriels d’en faire verser les sommes directement à l’Etat. Tout cela aboutit à un certain désordre : un mécontentement des salariés et des étudiants, une perte de crédit parmi la petite bourgeoisie, une baisse du pouvoir d’achat général.

Confronté aux résistances syndicales et au mécontentement, le CDR de la garnison de Ouagadougou demandait “des sanctions d’extrême rigueur contre tous les renégats et leurs alliés à la solde de l’impérialisme”. Le 6 février 1985, devant une assemblée de lycéens Sankara expliquait que “l’ennemi principal n’est pas la réaction de droite, mais la réaction de gauche”.

Les fonctionnaires qui ne s’alignent pas sont licenciés et ceux qui s’inclinent peuvent être réintégrés

Le Plan quinquennal de développement populaire (1986-1990) fera essentiellement appel aux bailleurs de fonds traditionnels. Si les projets du Sourou et du manganèse de Tambao ont marqué le pas, le financement du barrage de la Kompienga (35 milliards de francs CFA dont 3 financés par le Burkina) est d’ores et déjà bouclé.

En 1986, on pressent un projet social plus précis : “la misère qui entoure les villes rend consciente la différence qui existe entre la ville et la campagne. A tel point que nous, qui sommes en ville, risquons un jour de connaître le sort de ceux qui ont l’outrecuidance de se mettre à une table bien fournie et bien garnie devant des spectateurs très affamés. Spectateurs qui pourraient bien un jour monter à l’assaut de cette table et de cette injustice”.

Et sur les fonctionnaires, c’est un réquisitoire : “Considérons le budget. Il consacre plus de 60% de ses ressources à payer les fonctionnaires : 0,035% de la population… Et à lui (le fonctionnaire ndr), à tous ceux de sa caste, on consacre plus de 60% du budget national ! Il est difficile de maintenir le train de vie des villes… »

Entre militaires et CDR, d’un côté, et travailleurs, de l’autre une situation de crise

Ce qui va le plus compromettre, et pour longtemps, les alliances politiques tissées par le pouvoir dans les villes, c’est le licenciement de centaines d’enseignants qui avaient fait grève les 20 et 21 mars 1984 pour demander la libération de deux de leurs dirigeants syndicaux, qualifiés par les CDR de “contre-révolutionnaires”.

A partir de cette date, les rapports entre une partie de la gauche traditionnelle et Sankara vont devenir conflictuels. Le rupture devait être consommée durant ces derniers mois après que le 23 mai 1987, Soumane Touré, secrétaire général de la Confédération syndicale burkinabé (CSB), et appartenant à la LIPAD, ait été arrêté pour la seconde fois depuis 1983. Les CDR réclamaient son exécution et la LIPAD dénonçait de son côté le fait que les militaires se contentent selon elle de “résoudre les contradictions par la force”.

Le 1er mai avait déjà été l’occasion d’un front commun syndical dénonçant l’austérité, les licenciements et les restrictions au droit syndical. De nombreux tracts et appels unitaires circulaient pour avoir le droit de “commémorer le 1er mai en toute quiétude et indépendance” après que le 30 avril l’armée ait occupé la Bourse du travail de Ouagadougou, invitant les syndicats à organiser un rassemblement sous l’égide du gouvernement. Selon des syndicalistes, le ministre du Travail aurait alors qualifié les dirigeants syndicaux de “véritable féodaux” “affairistes” et “bureaucrates”. Le 6 juin, la LIPAD publiait une déclaration expliquant notamment que “jamais les réalisations matérielles ou économiques ne peuvent constituer une justification ou un substitut aux libertés démocratiques”. Une crise très grave existait donc ces derniers mois dans les rapports de Sankara et avec ses “alliés naturels”. Coincé entre CDR et syndicats, il cherchait visiblement une issue mais se heurtait aux contradictions mêmes de la “révolution burkinabé”.

Les résistances à la fois économiques, sociales, culturelles parmi la population ont été à l’origine des divergences d’analyse entre les responsables politiques. Elles ont amorcé le processus de désagrégation de l’ « unité des révolutionnaires » et l’accumulation des défiances dans le CNR à l’égard de son leader. Thomas Sankara a tenté d’y répondre en réorientant, au cours de l’année 1986, les structures de la mobilisation sociale. Dès avril, il essayait de reprendre en main les CDR, passablement discrédités, et dénonçait à leur première conférence les exactions commises par quelques « pillards » et « terroristes » contrôlant les comités de base. Les diverses unions de jeunes, de femmes, d’anciens et de paysans créées depuis lors devaient en outre resserrer la trame du contrôle social, tandis que la réhabilitation d’anciens dignitaires amorçait une relative décrispation politique.

Enfin, une opération de recomposition des forces représentées dans le CNR fut tentée. En donnant son aval à la création de l’Union des communistes burkinabés (UCB), le président pensait à la fois s’assurer d’un relais politique capable d’intervenir hors des forces armées, et pondérer l’influence dans le CNR des groupes prochinois et pro-albanais. Las contours de cette organisation étaient du reste suffisamment imprécis pour que l’UCB apparaisse comme le premier jalon d’un regroupement de l’extrême gauche, au sein d’un parti unique dont elle aurait formé l’ossature.

Le réveil du front syndical, muselé depuis 1984, devait pourtant entrainer la perte du contrôle de la situation par le président Sankara, tant sur le CNR que dans l’armée. A la veille du 1er mai 1987, alors que M. Fidèle Toé (ministre du travail) se félicitait d’avoir mis un terme au « rite du cahier des doléances » habituellement présenté par les « syndicats petits bourgeois » , les quatre principales centrales, notamment la Confédération syndicale burkinabé (CSB) de M. Soumane Touré, présentaient leurs revendications dans l’unité et exigeaient un retour immédiat aux « libertés démocratiques » . Faisant suite à la plainte pour violation du droit syndical, déposée à Genève par la CSB, la démonstration de force des organisations de salariés fut suivie d’une vague de répression. Malgré les réticences d’une partie des responsables militaires – en particulier du capitaine Blaise Compaoré, – une trentaine de dirigeants syndicaux et de cadres de la LIPAD étaient arrêtés. La fraction dure du CNR envisageait un temps l’exécution de M. Soumane Touré. « Que l’armée se fonde dans le peuple ».

L’épreuve de force avec les syndicats – et la création en Côte-d’Ivoire d’un Rassemblement voltaïque pour les libertés (RVL) regroupant divers opposants exilés, dont l’historien Joseph Ki Zerbo, – n’est certes pas la cause directe du coup d’Etat du 15 octobre. Mais elle a ouvert des lignes de fracture entre les dirigeants, et doublement isolé le président Sankara.

D’une part, isolement dans le CNR : alors qu’il évinçait du gouvernement ceux qui avaient adopté une attitude modérée au cours de la crise syndicale (notamment MM. Valère Somé et Basile Guissou, leaders de l’ULC), le capitaine Sankara perdait progressivement le contrôle de l’UCB, sous la pression de responsables des CDR. D’autre part, isolement dans l’armée : plutôt favorables à une réelle pause sociale, préférant à la perspective d’un parti unique celle d’une pluralité d’expression à l’intérieur d’un « front », plusieurs responsables militaires, dont le capitaine Blaise Compaoré, avaient pris leurs distances par rapport aux orientations de Thomas Sankara. Le tassement du rythme des réunions du CNR, la multiplication des conflits en son sein comme au gouvernement – la veille du coup d’Etat, ce dernier devait entériner la nomination à la tête d’une force d’intervention d’élite de Vincent Sigué, dont les méthodes policières étaient violemment contestées, – témoignaient d’une radicalisation des oppositions personnelles, latentes depuis quelques mois.

Il reste que les paysans, éternels « damnés de la terre » burkinabés, paraissent bien éloignés des byzantines querelles politiques, que le coup d’Etat du 15 octobre conclut dramatiquement. « Nous voulons que l’armée se fonde dans le peuple » , souhaitait Thomas Sankara ; elle reste une fois encore maîtresse des destinées politiques du pays. La mort du président rompt cependant avec la tradition postcoloniale, solidement ancrée au Burkina, des coups d’Etat sans effusion de sang. Par ailleurs, l’enterrement de son corps à la sauvette rompt avec la tradition tout court, celle que partagent à la fois ses amis et ses détracteurs. Il est à craindre que le processus de « rectification » engagé par les nouveaux dirigeants n’ouvre

La hausse des impôts directes devait atteindre + 13 % en 1987 ; une « opération commando » de récupération des impôts, menée en mai, avait du reste permis d’élever sensiblement le taux de recouvrement et d’augmenter sensiblement le niveau du mécontentement…

Le président semblait conscient des difficultés économiques et de la progressive dissolution de son assise politique. Prononcé le 4 août 1987, le discours de l’An V évoquait, en effet, l’indispensable « unité des révolutionnaires » et la pause « dont nous avons besoin pour consacrer nos efforts aux tâches d’organisation politique » .

Le premier front de mécontentement s’est constitué en milieu urbain. La réduction du pouvoir d’achat des salaires (- 30 % par rapport à 1982), la récession commerciale et manufacturière (fin 1985, quarante-huit des soixante-sept établissements d’envergure nationale connaissaient de graves difficultés financières) et le discrédit des CDR où l’opportunisme politique était devenu le plus sûr moyen d’accéder aux postes de pouvoir ont accéléré la démobilisation. La présence des salariés aux réunions politiques, aux entraînements sportifs obligatoires et aux travaux d’intérêt collectif se faisait moins assidue. Plus grave pour le suivi des opérations de développement fut l’expatriation d’intellectuels, de cadres et de techniciens attirés par l’écart entre les salaires burkinabés et ceux des Etats limitrophes. Exacerbation des contradictions

Mais les paysans, pourtant prompts à se mobiliser sur des projets coïncidant avec leur stratégie de survie, ont eux-mêmes réagi aux diverses tentatives de contrôle social d’un pouvoir qui s’est obstiné à voir en eux une composante « économiquement et culturellement arriérée » de la petite bourgeoisie. Dans une large mesure, la paysannerie a su intégrer l’institution des CDR à ses pratiques sociales : les représentants des comités ont été choisis parmi les fils des chefs coutumiers, tandis que les militants les plus avisés, redoutant les armes de la tradition, ont préféré le compromis à l’épreuve de force. La réforme foncière d’août 1985, qui devait révolutionner le mode de gestion des terroirs, est aussi restée lettre morte. Faute de correspondre à la diversité des contraintes régionales – litiges entre communautés autochtones et migrants mossis dans l’Ouest, fragilité des équilibres fonciers dans la région surpeuplée du plateau mossi, – les CDR ne se sont guère pressés d’intervenir dans l’administration des surfaces cultivées.

De même, les formes étatiques, supposées supérieures, d’organisation de la production au sein des grands projets d’aménagement rural du Sourou et de Douna ont créé un lourd contentieux entre les autorités et les populations concernées, attachées aux parcelles familiales.

Ultime revers de la politique agricole : faute de moyens de stockage, d’infrastructures commerciales et, plus encore, de débouchés solvables, les surplus de production des années 1986 et 1987 n’ont pu être écoulés. La mévente du karité, des mangues et même des produits céréaliers a stimulé un circuit commercial spéculatif et passablement découragé les agriculteurs.

Certes, par deux fois, le capitaine Sankara a tenté de construire une médiation entre le pouvoir et la paysannerie. La création de l’Union des anciens de Burkina en février 1986, outre qu’elle permit de jeter un pont en direction de deux anciens présidents restés populaires, MM. Maurice Yaméogo et Sangoulé Lamizana, nommés membres d’honneur, donnait à la gérontocratie une reconnaissance implicite. Plus récemment, la formation d’une Union des paysans venait compléter l’ouverture. Il reste qu’aucune de ces organisations ne détenait de réels pouvoirs et qu’elles apparurent plus comme des tentatives de contrôle que comme des instances de dialogue. Enfin, un troisième front de mécontentement, à la fois économique et idéologique, s’est formé dans les milieux du négoce, dont l’influence sur la communauté islamique (40 % de la population) est prépondérante. D’une part, le contentieux économique s’est alourdi depuis un an : la contraction des débouchés intérieurs et le relèvement de l’impôt sur les transactions (+ 38 % prévus au budget 1987), la mise en place d’une « police économique de distribution », formaient autant de griefs pour un secteur dont la spéculation est la base fondamentale d’accumulation (9). En outre, le CNR décidait, il y a cinq mois, de mener campagne contre la consommation de noix de kola, dont la commercialisation assure l’assise financière des réseaux importateurs dioula et yarsé. D’autre part, les mesures d’interdiction de la mendicité, et plus encore le projet de code de la famille prévoyant, au détour de 984 articles, l’obligation de la monogamie et l’égalité des descendants en matière d’héritage, sont venus raviver les blessures des premières heures de la révolution, où les représentants de l’islam étaient rangés parmi les « ennemis du peuple » .

L’ampleur de la crise devait apparaître, en décembre 1985, lorsque la bande frontalière de l’Agacher fut l’objet (ou plutôt le prétexte) d’un conflit armé entre le Mali et le Burkina. La « guerre de Noël » révéla la précarité des alliances passées avec les Etats frères. En particulier, l’Algérie et le Ghana se contentèrent de vagues appels au calme, excluant tout soutien direct au Burkina. De plus, l’ouverture par les forces armées maliennes d’un front proche de Bobo-Dioulasso visait à radicaliser les oppositions diffuses des populations islamisées de l’Ouest burkinabé, sur lesquelles les CDR n’ont jamais eu de réelle emprise. Le conflit militaire posait finalement une question relative à l’avenir même de la révolution : quel soutien espérer d’une paysannerie restée méfiante, et d’une petite bourgeoisie urbaine lassée par l’austérité ? Mais surtout cette guerre a révélé qu’un Sankara n’était pas différent des autres dirigeants africains : il préférait les bains de sang contre d’autres peuples que la lutte des opprimés contre leurs oppresseurs.

Sous Sankara, qui a le pouvoir ? Le peuple ? Certainement pas !

L’appareil d’Etat n’a pas changé. Ses rouages peuvent être réformés mais sa fonction demeurera tant que de la société n’apparaîtront pas des relations sociales alternatives aux anciennes, en milieu rural et en ville. Il faut donc procéder à sa “destruction” après la prise du pouvoir par les militaires. Même “démocratique et populaire”, la révolution doit poser le problème de l’appareil d’Etat et de son armée. Or cette dernière n’est pas bouleversée après le 4 août 1983. Elle est seulement encadrée par les Comités de défense de la révolution (CDR) mais elle reste une armée de 6.000 hommes qui a seulement changé de chef et de gouvernement.

A la tête du Conseil national de la révolution (CNR), le capitaine Thomas Sankara préside aux destinées du Burkina depuis le 4 août 1983 et consolide peu à peu le pouvoir de la Révolution démocratique populaire (RDP), très personnalisé depuis son début. Les forces civiles représentées au gouvernement et au CNR (Union des communistes burkinabé, Union des luttes communistes, Groupe communiste burkinabé), qui avaient signé avec l’Organisation des militaires révolutionnaires une déclaration commune en mai 1986, ne jouissent pas d’un grand pouvoir politique. Celui-ci est pour l’essentiel entre les mains de l’armée. La création attendue d’un parti unique a été ajournée sine die.

Après avoir réprimé en 1985 et en 1986 l’action des syndicats proches de la LIPAD-PAI (Ligue patriotique pour le développement-Parti africain pour l’indépendance, de tendance marxiste-léniniste) et du PCRV (Parti communiste révolutionnaire, pro-albanais), le président du CNR, confronté à une situation économique difficile et à une certaine hostilité dans la sous-région, a choisi d’apaiser les tensions internes à gauche comme à droite. En octobre 1986, il a fait libérer Soumane Touré, leader de la Confédération syndicale burkinabé, détenu sans jugement depuis janvier 1985. L’ancien président Lamizana et le Moro Naba, puissant chef traditionnel des Mossi, ont accueilli François Mitterrand en novembre 1986 aux côtés des autorités du CNR.

En 1987, la suppression de l’”effort populaire d’investissement” (ponction de 5 à 12% sur les salaires) a atténué le mécontentement. Toutefois, la réforme de la fonction publique, qui améliore en principe la situation des fonctionnaires les plus modestes, a entamé le pouvoir d’achat d’une petite bourgeoisie souvent vilipendée par le chef de l’État. Par ailleurs, elle a limité de fait l’action syndicale. La production agricole a connu un sensible redressement depuis 1985 avec le retour des pluies, et la campagne est restée la priorité du CNR. En liaison avec les organisations non gouvernementales, les Comités de défense de la révolution (CDR) du capitaine Pierre Ouédraogo y entretiennent une flamme révolutionnaire vacillante, après quatre ans d’action bénévole (campagnes massives de vaccination, construction et entretien de retenues d’eau, de postes de santé primaire…). Atteints par la démobilisation, c’est dans l’administration du pays que les CDR s’institutionnalisent.


Chronologie

COMITE MILITAIRE POUR LE REDRESSEMENT NATIONAL (CMRPN) :

1980-1982

Régime militaire dirigé par le Colonel Saye ZERBO.

1980

octobre-novembre : crise scolaire ; grève du Syndicat national des enseignants africains de Haute-Volta (SNEAHV) et du Syndicat unique des enseignants du secondaire et du supérieur (SUVESS).

25 novembre 1980 : coup d’Etat du Colonel Saye ZERBO. L’Assemblée nationale et les partis politiques sont suspendus. Le gouvernement est démis de ses fonctions. Il est créé un Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN).

7 décembre 1980 : formation du premier gouvernement du CMRPN.

1981

1er mai 1981 : discours programme du CMRPN.

8 septembre 1981 : le Capitaine Thomas SANKARA est nommé Secrétaire d’Etat à la Présidence chargé de l’Information.

1er novembre 1981 : suspension du droit de grève. Dissolution de la Confédération syndicale voltaïque (CSV) ; un mandat d’arrêt est lancé contre son Secrétaire général, Soumane TOURE.

1982

12 avril 1982 : Thomas SANKARA démissionne de son poste de secrétaire d’Etat à la Présidence chargé de l’Information.

CONSEIL DE SALUT DU PEUPLE (CSP) : 1982-1983

Le Médecin-Commandant Jean-Baptiste OUEDRAOGO est président du CSP et chef de l’Etat.

7 novembre 1982 : coup d’Etat du 7 novembre 1982 ; création du Conseil de Salut du Peuple (CSP) dirigé par le Médecin-Commandant Jean-Baptiste OUEDRAOGO.

1983

11 janvier 1983 : le Capitaine Thomas SANKARA est nommé Premier ministre.

17 mai 1983 : arrestation du Capitaine Thomas SANKARA et de ses compagnons, le Capitaine Henri ZONGO et le Commandant Boukari LINGANI. Le Capitaine COMPAORE échappe à l’arrestation et rejoint Pô, base des Commandos qu’il commande ; il organise une résistance.

CONSEIL NATIONAL DE LA REVOLUTION (CNR) : 1983-1987

Le Capitaine Thomas SANKARA est président du CNR et chef de l’Etat. 1983

4 août 1983 : coup d’Etat de Thomas SANKARA, exécuté par des commandos de Pô sous la direction du Capitaine Blaise COMPAORE. Il est créé un Conseil National de la Révolution (CNR).

24 août 1983 : formation du premier Gouvernement du CNR. Des militaires, des militants du Parti africain de l’indépendance (PAI) et de l’Union des luttes communistes reconstruite (ULC-R) y participent.

août 1983 : formation des Comités de défense de la révolution (CDR).

2 octobre 1983 : publication du Discours d’orientation politique (DOP) qui définit une République démocratique et populaire (RDP).

19 octobre 1983 : création par Thomas SANKARA des Tribunaux populaires de la révolution (TPR).

septembre-décembre 1983 : organisation de la Haute-Volta en 25 provinces et 198 départements.

décembre 1983 : organisation de la première édition de la Semaine nationale de la culture (SNC).

1984

3 janvier 1984 : Première assise des TPR. Sangoulé LAMIZANA, ancien président, est accusé de mauvaise gestion des « fonds spéciaux ». 20, 21, 22 mars 1984 : grève du Syndicat national des enseignants africains de Haute-Volta (SNEAHV). Plus de mille (1000) enseignants grévistes sont licenciés.

28 mai 1984 : publication des statuts des CDR.

4 août 1984 : la Haute-Volta prend le nom Burkina Faso. Les habitants sont des Burkinabé (nom invariable). Le drapeau et l’hymne national changent.

31 août 1984 : formation d’un nouveau gouvernement du CNR. Aucun membre du Parti africain de l’indépendance n’y participe. 1985 décembre 1985 : conflit frontalier Mali-Burkina à propos de la zone de l’Agacher (au Nord).

1986

16 février 1986 : les Tribunaux populaires de conciliation (T.P.C.) sont mis en place.

1987

15 octobre 1987 : coup d’Etat du Capitaine Blaise Compaoré. Assassinat de Thomas SANKARA et de douze de ses collaborateurs.

Aujourd’hui, sans ses prétendus sauveurs prétendant remplacer son combat de classe, le peuple travailleur du Burkina-Faso est toujours en lutte !!!

Source : http://www.matierevolution.org/spip.php?article1545

1 COMMENTAIRE

  1. vous aviez mal interprété l’homme. il faut vraiment comprendre les configurations et les enjeux de la politique internationale pour vous saisir. le monde on le généralise mais il est loin de ça , les décisions internationales sont portées par les ‘individus.