L’économie sénégalaise a été largement influencée par des indicateurs que les autorités étatiques ne contrôlent pas. Ces indicateurs peuvent être localisés en général à l’extérieur du pays;  ainsi ils peuvent amener des chocs à l’économie nationale, et ils sont dits chocs exogènes. On a l’exemple de l’instabilité du prix du baril de pétrole. Quel est l’impact de cette flexibilité dans l’économie sénégalaise ?

Le Sénégal est souvent frappé par l’instabilité du cours du pétrole. Les prix du pétrole en dollar ont diminué d’environ 55% depuis Septembre 2014 selon les perspectives de l’économie mondiale (PEM) de l’édition d’octobre 2014 du Fonds monétaire international (FMI).   Ainsi une baisse a été constatée dans le marché mondial. Cette baisse constitue une aubaine pour les pays importateurs de l’or noir. Elle se répercute ainsi sur l’économie du pays par l’intermédiaire de certains canaux comme les prix des produits pétroliers avec l’indice des prix à la consommation, les coûts de production des entreprises (utilisant les produits pétroliers comme intrants dans leur processus de production) et les termes de l’échange. Des conséquences seront aussi notées au niveau des taux qui diagnostiquent la santé économique sénégalaise tels que le taux de la croissance économique et le taux d’inflation.

Le cours du baril du pétrole détermine en majorité les prix du carburant. Le pétrole constitue aussi des intrants pour le transport et pour l’élaboration de l’énergie comme l’électricité.

En décembre 2014, les autorités étatiques ont procédé à une réduction de 10,57% du prix de l’essence soit à 795 FCFA le litre et de 12,87% de celui du gasoil c’est-à-dire à 690 FCFA le litre. On note aussi une baisse 11,35% de la bonbonne de 6 kg de gaz butane ramené à un prix 3 280 FCFA. Cette réduction des prix a entrainé une augmentation des revenus disponibles des ménages et de l’investissement, donc le revenu national. Cependant cette baisse offre une occasion de reformer les subventions et les taxes énergétiques facilitées par une grande marge de manœuvre que le Sénégal possède. Mais puisque la population n’apprécie pas une hausse significative du prix d’un produit, les autorités diminuent en anticipant une probable hausse du baril. Les entreprises sénégalaises utilisant les produits pétroliers comme intrant ont eu une baisse du coût de production. Ceci peut faire monter le niveau potentiel de l’activité. En effet, elles voient leur valeur ajoutée augmenter, entraînant une augmentation du produit intérieur brut. Cette augmentation peut servir des réinvestissements de certaines entreprises.

Le Sénégal vis-à-vis du reste du monde voit une nette amélioration des termes de l’échange.  Cette performance est provoquée par une baisse des sorties de capitaux, donc un excédent du compte capital. Cette dernière a participé à l’excèdent de ce compte qui est prévu pour 819,6 milliards en 2015. Cette diminution du prix du pétrole provoque une amélioration des termes de l’échange par le canal du compte courant via la balance commerciale du pays. Elle entraîne aussi une baisse des prix des importations. Cela étant, l’indice des prix des produits à l’importation a connu une baisse de 5,8% durant les deux premiers mois de 2015, comparés à ceux de la période correspondante en 2014 selon la direction de la prévision et des études économiques du Sénégal (DPEE).

Les prix sont corrélés positivement avec l’inflation ce qui se justifie par une baisse du taux d’inflation du pays en 2015 selon l’agence nationale de la démographie et de la statistique (ANDS).

Une montée du niveau de l’activité économique et une augmentation de la valeur ajoutée des entreprises conjuguées avec une augmentation des revenus disponibles des ménages sont très favorables pour la croissance du PIB, d’où une hausse projetée  du taux de croissance économique du pays. Le taux prévu est de 5,4% en 2015 selon la DPEE. D’autres facteurs ont aussi participé à cette hausse.

Tout compte fait, la réduction du prix du baril du pétrole est très favorable aux pays importateurs comme le Sénégal. L’impact de cette baisse est significative dans l’économie nationale avec une baisse des composantes de l’indice des prix à la consommation (l’essence, le diesel, l’électricité, les transports) et les coûts de production de certaines entreprises. On note aussi une amélioration des termes de l’échange. La baisse du prix du baril de l’or noir a aussi un impact sur les indicateurs économiques car elle participe à une baisse du taux d’inflation et d’une hausse du taux de la croissance économique.

Le gouvernement sénégalais devrait alors procéder à des reformes sur les subventions pour mieux libérer l’économie nationale comme l’indiquent les institutions de Bretton Woods (Banque Mondiale et FMI). Les ressources dégagées de ces reformes peuvent être utilisées pour mettre en place des transferts mieux ciblés, réduire le déficit budgétaire et développer des infrastructures publiques. Les autorités étatiques devraient en outre anticiper une dépréciation de certaines devises flottantes car pour les autres pays exportateurs de pétroles (Organisation des pays exportateurs de pétrole – OPEP -, et non OPEP) le seul moyen d’atténuer l’impact du choc sur leur économie sera de laisser leur monnaie se déprécier considérablement. L’Etat devrait enfin faire face à un rééquilibrage du marché de pétrole à moyen terme grâce au ralentissement de l’offre et d’une amélioration de la demande.