Echec lamentable ! C’est ainsi qu’on pourrait qualifier le résultat du Partenariat pour l’amélioration de la lecture et des mathématiques dans l’élémentaire (Palme) que les autorités académiques viennent d’enregistrer dans la conduite de ce projet financé à hauteur de 8 milliards FCfa (18 millions de dollars) sur trois ans par l’Agence américaine pour le développement international (USAID).

Le rêve de milliers d’élèves vole ainsi en éclats. En attendant l’évaluation du partenariat, les mauvais résultats résident, selon des agents du ministère, dans le pilotage à vue du projet et la grève du syndicat des inspectrices et inspecteurs du Sénégal (Siens).

On n’a pas encore fini d’épiloguer sur la sortie de la directrice des opérations de la Banque mondiale (BM), Vera Songwe, sur les faibles taux de décaissement notés dans la mise en œuvre des projets du portefeuille de la Banque mondiale, voilà que le Sénégal, notamment le ministère de l’Education nationale vient encore de perdre 8 milliards FCfa.

En effet, la mise en œuvre du Partenariat pour l’amélioration de la lecture et des mathématiques dans l’élémentaire (Palme) a enregistré un échec total, au point que l’USAID (l’Agence américaine pour le développement international) a décidé de suspendre ce partenariat.

Si pour le moment les autorités académiques et l’USAID n’ont pas voulu avancer des raisons sur l’arrêt du partenariat avant la date butoir, force est de reconnaitre que les autorités académiques ont «brûlé» un financement consacré à ce projet qui est de l’ordre de 8 milliards FCfa (18 millions de dollars).

C’est une première au Sénégal, notamment sur le secteur éducatif, que l’on assiste à une suspension d’un programme pour faute de résultats probants. Ce, au grand dam des élèves dont le niveau dans les domaines de la lecture et des mathématiques, laisse à désirer. Certains acteurs parlent même d’un «scandale» à l’heure de la mise en œuvre des programmes pour une éducation primaire de qualité pour tous les enfants.

Même engagé dans la mise en œuvre du Programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence (Paquet) pour une éducation de qualité, le Sénégal a encore du chemin à faire sur la mobilisation des ressources pour combler le déficit à tous les niveaux des cycles scolaires, le manque des infrastructures, des manuels scolaires et des matériels didactiques.

Car, les ¾ du budget du secteur de l’éducation sont consacrés au paiement des salaires. Si le Palme brille par son centre d’intérêt pour améliorer la qualité des enseignements et apprentissages, les principales raisons d’un arrêt de financement de l’Usaid résident toutefois sur un problème de coordination et de grèves du syndicat des inspecteurs et inspectrices du Sénégal (Siens).

Selon un agent du ministère de l’Education nationale, le problème est inhérent à la nature du partenariat. En voulant innover, l’USAID avait décidé de confier la gestion du Palme à un pool de coordination composé essentiellement des agents du ministère. C’est ainsi que les responsabilités ont été reparties selon les missions des structures du ministère.

La direction de l’Enseignement élémentaire (DEE) s’est chargée de la coordination. La direction de la Planification et de la Réforme de l’Education et l’Institut national d’étude et d’action pour le développement de l’éducation géraient respectivement le suivi des indicateurs et l’évaluation.

« Le Palme n’avait pas un dispositif de pilotage, notamment une équipe consacrée exclusivement au projet dont les acteurs étaient recrutés par l’Usaid. Un pool de coordination a été installé au niveau de la Dee où des problèmes de coordination des différentes unités de gestion du Palme ont été relevés», a confié l’agent du ministère.

Avant de reconnaitre qu’on «ne pouvait pas terminer la mise en œuvre des activités principales dans les délais qui étaient impartis au projet». «Ce qui, selon lui, n’a pas plu à l’Usaid». Au-delà du problème de coordination, la grève du syndicat des inspectrices et inspectrices du Sénégal (Siens) qui avaient mis en veilleuse leurs activités pour réclamer le traitement diligent du protocole d’accord, a aussi été indexée comme principale cause de la mise à l’arrêt du Palme.

En effet, les responsables du partenariat n’ont pas pu dérouler des sessions de formation des enseignants en didactique de lecture et mathématiques impartis dans des délais.

«L’objectif fixé pour la formation des enseignants n’est pas atteint. Il était question de procéder à l’installation de la compétence et au suivi-évaluation des acquis. Beaucoup de difficultés rencontrées dans la mise en œuvre ont conduit à des résultats insuffisants», nous fait savoir notre interlocuteur.

En tout état de cause, un certain nombre d’acquis, notamment des guides, des référentiels, des outils d’évaluations, une Baseline sur les compétences des élèves volent en éclat parce que n’étant pas encore consolidé.

«C’est une perte énorme pour les élèves. Des ressources programmées n’ont pas été consommées faute de résultats probants», se désole l’agent du ministère. Même s’il a révélé l’existence d’un nouveau projet de développement de la lecture d’une envergure plus importante que le Palme dans les pipelines de l’Usaid.

«Toutes les leçons et les conséquences tirées du Palme, permettront de configurer un nouveau projet, en tenant des difficultés du point de vue conceptuel et d’élaboration », a-t-il précisé. Le Palme avait, rappelons-le, comme principal objectif de relever le niveau de maîtrise des élèves en lecture et en mathématiques à la hauteur des standards internationaux sur toute l’étendue du territoire au cours des trois (3) prochaines années (2012-2015), touchant plus d’un million d’élèves du cycle d’enseignement primaire au Sénégal.
DakarEcho