RSE

De la RSE à la RST : nécessité d’une prise de conscience concernant un nouvel instrument de développement local

Les dynamiques contemporaines de production industrielle ont entrainé plus de responsabilité de la part des entreprises, surtout des multinationales, vis-à -vis des impacts de leurs décisions et activités sur la société et sur l’environnement. Cette responsabilité est censée donner lieu à un comportement éthique et transparent se traduisant par : (i) une contribution au développement durable, à la santé et au bien-être de la société ; (ii) une prise en compte des attentes des parties prenantes ; (iii) le respect des lois en vigueur, en accord avec les normes internationales de comportement ; et (iv) l’intégration des principes RSE au sein de l’entreprise et leur mise en œuvre dans ses relations avec les autres acteurs.

En réponse à la crise environnementale globale imputable à l’activité économique, en particulier à l’activité industrielle, il s’est développé une nouvelle conscience plus soucieuse de réconcilier l’économie, l’environnement et le social. L’intégration volontaire par les entreprises des préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et leurs relations avec les partenaires tend à devenir une donne intangible dans les processus d’approvisionnement, de production, de commercialisation et de consommation. À travers la démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), ces organisations s’engagent, en relation avec leurs partenaires internes et externes, à concilier les ambitions économiques, sociales et environnementales, dans une perspective de développement durable. La RSE s’étend, au-delà du périmètre de l’entreprise, jusque dans la communauté locale, et implique, en dehors des salariés et actionnaires, un vaste éventail de parties prenantes. Qu’en est-il avec les collectivités locales ? La réponse à cette question constitue une piste à explorer dans le cadre de la réflexion sur les mécanismes de financement alternatif et innovant des territoires locaux.

Même en proscrivant l’idée que les entreprises puissent se substituer à l’État dans son rôle de « développeur » des régions établies sur son territoire, il importe de souligner que ces catégories d’acteurs peuvent être d’un apport décisif. Dans le contexte actuel des collectivités locales sénégalaises, la persistance des problèmes socioéconomiques s’explique, entre autres, par le déficit de ressources financières, le faible niveau de préparation des élus locaux et l’insuffisance des moyens d’encadrement. Un partenariat mieux organisé avec les entreprises ne saurait alors être superflu. De toute evidence, pour remédier à cette situation, même les changements introduits par l’acte III de la décentralisation (communalisation intégrale, disparition de la région comme ordre de collectivité locale au profit du département, création de pôles territoires et autres) devront se fonder sur une approche systémique consistant à concevoir l’innovation de façon intégrale et transversale.

L’analyse du cheminement de l’idée de RSE au Sénégal, notamment des réalisations remarquables de l’Initiative RSE Sénégal depuis son lancement en 2008, conduit à penser à l’existence de réelles opportunités à valoriser. En particulier, une progression réussie vers la responsabilité sociétale des territoires (RST) pourrait constituer un levier fort de développement durable, permettant notamment une meilleure prise en compte des préoccupations environnementales et sociales, une cohabitation apaisée entre les parties prenantes implantées sur le même territoire et une amélioration des processus de gouvernance publique. Les défis à relever pour parvenir à ce stade d’évolution sont évidemment multiples. Parmi ceux-ci, la preparation des élus locaux aux nouvelles évolutions du monde, l’institutionnalisation du débat à l’échelle nationale ainsi que l’instauration de mécanismes d’appui à l’innovation dans les territoires locaux s’avèrent d’une importance cruciale. Dans cet ordre d’idées, la mise en oeuvre d’une Charte RST ne ferait que renforcer le positionement et l’action des collectivités locales nouvellement mises en place.

Dr. Ibrahima Sylla,

Enseignant Chercheur,

Département de Géographie, UCAD