C’est donc le Gabon qui organisera la Coupe d’Afrique des Nations dans deux ans. Ainsi en a décidé hier la Confédération africaine de football (CAF). Initialement, c’est la Libye qui devait accueillir la compétition, mais pour des raisons évidentes de sécurité, elle a dû jeter l’éponge.

La CAN au Gabon : « les Gabonais ne boudent pas leur plaisir, s’exclame le site d’information Gabonactu. La nouvelle bien que tombée au moment où tout le monde était au travail a rapidement fait le tour du pays. Et tout le monde a bondi sur son téléphone pour partager sa joie avec un parent, un ami ou un collègue. » Pour autant, Libreville n’a pas vibré comme pour saluer une victoire du Onze national, relève Gabonactu. « C’est comme si personne n’y croyait. La candidature de l’Algérie semblait émousser l’espoir des gabonais qui ne se faisaient guère d’illusions en raison de la récente édition organisée chez le voisin équato-guinéen. Finalement, conclut le site gabonais, l’on a senti un vent d’apaisement souffler et apporter la gaieté dans le cœur de nombreux citoyens. »

« Cette désignation arrive comme une véritable bouffée d’air pour le régime de Bongo, pointe pour sa part Guinée Conakry Infos, dont les difficultés politiques avec son opposition sont connues et pèsent réellement sur le quotidien des populations. C’est dire que c’est avec un immense soulagement que Libreville a accueilli cette “très bonne nouvelle”, comme l’a affirmé le Premier ministre Daniel Ona Ondo. Comment s’étonner alors que le président Ali Bongo lui-même ait twitté sa reconnaissance à la CAF ?, s’exclame Guinée Conakry Infos. Si la majorité du peuple gabonais se réjouit du choix porté sur leur pays, certains grognards pensent qu’il aurait mieux valu augmenter les salaires des travailleurs ! Une excellente idée certainement, mais qui a peu de chance d’être entendue en ces moments d’euphorie générale. »

Quand le sport et la politique s’entremêlent, relève également le quotidien Aujourd’hui au Burkina : « pour certains analystes, le couac viendra du fait que le Gabon devrait organiser une élection présidentielle en 2016, note le journal. Même si dans ce contexte, la récupération d’une bonne prestation n’est pas sur la calculette de Bongo fils, il n’en demeure pas moins qu’il peut escompter tirer profit de l’élan nationaliste qu’engendrent de tels défis continentaux. Certains observateurs n’excluent d’ailleurs pas une possible manœuvre visant à reporter la présidentielle avec pour argument principal, les risques éventuels que court la cohésion sociale, dans un contexte de fête continentale, où le Gabon ne devrait pas se donner en spectacle. »

L’Algérie encaisse le coup

Cette désignation du Gabon arrive « un peu à la surprise générale », note de son côtéLedjely.com« Si les chances du Ghana n’étaient pas nécessairement grandes, par contre, jusqu’à l’ultime choix des dirigeants de la CAF, l’Algérie avait la faveur des pronostics. Les spécialistes mettaient en avant ses infrastructures modernes et la passion que son peuple éprouve pour la chose footballistique. Mais cette passion, pointe le site guinéen, débouchant très souvent sur des violences dans l’enceinte et aux alentours des stades, cette passion semble avoir paradoxalement desservi le pays des Fennecs. »

D’ailleurs, la presse algérienne accuse le coup ce matin… Le quotidien La Tribune parle« d’énorme échec » et ne mâche pas ses mots : « ce n’est pas seulement la défaite du football national, mais celui de l’Algérie, qui voit tous les efforts de notre diplomatie et les sacrifices du président de la République honteusement trompés. L’échec de la candidature à la CAN-2017 vient oblitérer la visibilité positive de notre pays et sérieusement entacher notre image. […] Il est incompréhensible que l’Algérie, un des membres éminents de la CAF, se voit arquebouter par les membres de l’exécutif au profit du Gabon qui a pourtant organisé la CAN 2012. Quid du lobbying algérien ? La réponse est toute simple. A la naïveté sportive et aux promesses de Gascons est préférée la force de l’argent. »

En effet, renchérit Le Soleil à Dakar, « on retiendra que le Gabon est un… pays pétrolier, comme l’Angola organisatrice en 2010, comme la Guinée équatoriale, avec qui il avait “partagé” la Can 2012 et qui a abrité celle de cette année, et comme la Libye qui aurait dû accueillir l’édition de 2013, puis celle de 2017. »

Autre grand déçu, relève encore Le Soleil : « le Ghana qui comptait sur la règle tacite d’alternance entre pays anglophones et pays francophones et qui avait parfaitement réussi “sa”Can en 2008 après avoir admirablement abattu sa part de boulot lors de sa co-organisation avec le Nigeria en 2000. […] Dans tous les cas, conclut le quotidien sénégalais, le thé est infusé ; il faut le déguster. Après avoir fait ses preuves comme coorganisateur, le Gabon devra se débrouiller seul. »

Rfi.fr