Construite sur une superficie de 12 hectares (ha) et ayant nécessité un financement de 7,5 milliards F Cfa, le garage «baux maraîchers» a une capacité d’accueil totale de 1 500 places pour des taxis, minibus et autocars. Elle dispose d’une plate-forme destinée à l’urbain de 6 autobus, 22 minibus et 20 taxis, d’une plate-forme réservée aux taxis et véhicules particuliers d’une capacité de 60 places. Annoncé comme une aubaine pour le transport routier, le garage des baux maraichers qui est devenu le point de départ de tous les voyageurs vers l’intérieur du pays, est devenu un cauchemar pour les transporteurs. Situé à hauteur de «Bountou Pikine», ce nouveau garage qui regroupe tous les transporteurs de Dakar a été inauguré le 9 août 2014. Cependant, beaucoup de polémiques ont découlé de sa mise en œuvre, notamment sur le financement et sur les promesses faites par l’Etat. Au moment où beaucoup pensent que le garage des baux maraichers a résolu tous les problèmes auxquels faisait face le secteur du transport, les acteurs le voient comme « le début de leurs problèmes».
A l’annonce de la fermeture des garages « Pompiers » et « Petersen », les autorités étatiques avaient promis monts et merveilles aux transporteurs routiers. Mais aujourd’hui, le constat est tout autre. Si l’on s’en tient au propos des chauffeurs trouvés au garage des Baux maraichers, « rien de ce qui a été dit n’a été appliqué ». L’Etat, à travers le Conseil exécutif des transports urbains de Dakar (Cetud) qui gère le garage, s’était engagé à sensibiliser la population sur la nécessité et le bien fondé  de ce nouveau site, en plus de mettre en place un conseil de suivi pour assurer le bon fonctionnement des activités. Et ce, en réunissant toutes les conditions nécessaires pour que les occupants soient à l’aise.
Des murs lézardés et de traces d’urines comme décors

Ce vaste espace de 12 hectares ne semble pas être au goût de certains chauffeurs. Les taxis campent le décor à l’entrée des lieux. Une portion du garage a été réservée aux commerçants et aux gargotes. Plus loin, l’on peut apercevoir des voyageurs allant dans tous les sens. D’autres même reviennent sur leurs pas, donnant l’impression d’être perdus. L’endroit grouille de véhicules de tous genres, et de chauffeurs avec leurs gouailleries. Une partie de ce garage n’est pas beau à voir. Des murs lézardés, entachés de traces d’urines, viennent polluer l’atmosphère.
Trouvé au quai, Ousseynou Guèye est entouré de plusieurs personnes. Des feuilles à la main, le régulateur est très occupé à organiser les départs immédiats. Pour lui, le garage des baux maraichers aurait du faire l’affaire de tout le monde. Mais il constate avec regret que « les transporteurs sont ceux qui en pâtissent le plus ». Si l’on s’en tient à ses propos, l’un des principaux problèmes que rencontrent les chauffeurs, c’est le fait que des voitures qui ne sont pas en règles se permettent de faire fortune dans leur dos. « Il y a des chauffeurs qui stationnent devant le garage et font le travail que nous devons faire. Ils ne sont pas en règles et s’accaparent des clients qui devaient venir nous trouver à l’intérieur», déplore-t-il. Pourtant, les baux maraichers ont été construits avec une capacité de 1500 voitures. L’informel devait être supprimé, mais au moment où les uns pensaient que c’était le cas, d’autres se frottent agréablement les mains en ignorant les tarifs normaux. A en croire Ousseynou Guèye, « tous ces chauffeurs « hors normes » ont été programmé dans le garage. Ils fixent leur propre prix alors que les tarifs sont uniques, selon les destinations ». Ce qui l’importe c’est que « toutes les voitures puissent regagner le garage et qu’ils travaillent tous en parfaite harmonie ».
Manque de clients, les chauffeurs se tournent les pouces…

L’ambiance au quai est au beau fixe. Un monde fou s’active autour des départs vers les autres régions du pays. Chacun vaque à ses occupations, des voitures tantôt vieilles tantôt neuves sont stationnées en attente de clients. Des clients ? On aurait presque dit qu’il n’en manque pas, mais cet avis n’est partagé au niveau des chauffeurs. Le peu de rabatteurs qu’on y trouve, dont la plupart s’est retrouvée au chômage à la suite de fermeture des garages « Pompiers » et « Petersen » se démènent comme de beaux diables pour trouver des clients.
Malick Guèye est lui aussi jeune chauffeur. Son jugement est sans appel.  «Le garage ne marche pas. Nous nous sentions plus chez nous au garage Pompier ». C’est la phrase qu’il nous a sèchement servie. Trouvé devant sa voiture 7 places, il guette les clients. Puisqu’il n’en voit pas, il passe son temps à râler avec ses autres amis chauffeurs parce que, dit-il, il n’a plus la patience. Ce qui l’intrigue c’est l’absence de clients.
24 heures sans pouvoir remplir sa voiture

«Nous sommes là du matin jusqu’au soir et on ne voit personne. Les clients ne viennent pas, excepté les temps de fêtes. Quand il ne s’agit pas de fêtes, nous avons énormément de difficultés à trouver un client », explique-il. A Selon ce jeune chauffeur, la rareté des clients s’explique par le fait que les voyageurs ont du mal à se démarquer de leurs vieilles habitudes. C’est-à-dire se limiter aux arrêts habituels et y attendre les bus de voyage au lieu de se rendre au garage où les attendent les transporteurs. Malick est stationné depuis près de 24h et a du mal à embarquer des clients pour Mbour.  « Nous voulons que les clients viennent ici. Les voyageurs se font désirer. C’est anormal », se plaint-il.
La faute à l’Etat !
Malick et ses amis accusent l’Etat de ne pas avoir accompli leur mission. Selon lui, ceux en charge du garage notamment le Cetud devait veiller à ce qu’il n’y ait plus de clients aux arrêts. Il poursuit : « ils ne font rien pour arrêter les véhicules interurbains qui ne font que nous mettre les battons dans les roues. Ils ne sont pas en règles, nous oui et ils nous volent les clients.
Parlant de la gérance du garage, l’on nous révèle qu’une forte pression est mise sur l’ensemble de ceux qui y travaillent. A en croire Malick Gueye, chauffeur au garage « il faut payer pour accéder aux toilettes du garage, or la propreté de ces toilettes laisse bien à désirer ». Les guichets aussi taxent très fort, notamment sur tout ce qui est bagage. Il explique que l’une des principales raisons qui font fuir les clients c’est la taxe sur les bagages. Tout bagage, peu importe son poids est payé au niveau du chauffeur qui à son tour partage la somme auprès des guichets. Si le client devait payer 1000 FCFA, il en payera 2500FCFA s’il a des bagages. Et si par malheur ses affaires se perdaient, cela incombe à la responsabilité du chauffeur qui en assume toutes les conséquences. Même si l’ambiance demeure quelque peu festive, ces anciens occupants ne se sentent pas à l’aise dans leur nouvel environnement qui leur semblait prometteur. « Nous préférons de loin là où nous étions. Ce garage ci ne fait pas notre affaire. Nous ne pouvons plus retourner au Pompier ou à Petersen mais nous demandons aux autorités de veiller à ce que les clients viennent vers nous, en supprimant les arrêts clandestins. Ils ne sont souciés que par leurs poches, nous chauffeurs nous tenons à la survie de notre métier», conclut-il.
Gora Khouma : «Baux maraichers rime avec problèmes»
Cette situation que vivent les transporteurs ne laisse pas de marbre le secrétaire général du syndicat des transporteurs routiers du Sénégal, Gora Khouma. Sa position est claire : « baux maraichers rime avec problèmes ». « Les difficultés liés à ce nouveau garage sont innombrables. Il y a des problèmes d’orientation. Les clients se perdent parce qu’ils ne savent pas où aller. Il n’y a pas de panneaux d’orientation. Les taxes sur les bagages sont chères, c’est pourquoi les clients ne veulent pas venir au garage. La mauvaise organisation est à l’origine de toute cette situation et c’est au profit de chauffeurs qui accentuent encore l’informel aux baux maraichers», reconnait-il. Rappelant que les voitures horaires et celles provenant d’une gare ne sont pas pareilles. Il s’est aussi plaint de l’insécurité qui y règne, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur et accuse sans détour le Cetud. « Ils ne sont préoccupés que par le profit. Le bien-être du chauffeur et du client ne leur importe pas. Le Cetud est en train de tuer le garage», peste-t-il. Résultat, le garage «baux maraîchers» qui était censé mettre fin à l’informel dans le transport n’a fait que l’accentuer. Par la faute des gouvernants.
auteur : seneweb News
Source : seneweb.com