Ce serait tellement bien si, dans nos pays, nous pouvions parfois nous contenter juste de tenir des propos utiles à notre société ou nous taire de bonne foi. Mais il semble que cette attitude est tout ce qu’il y a de plus rare. Le brouhaha qui entoure les “mémoires” d’Abdou Diouf, ancien Président du Sénégal, en est malheureusement une preuve supplémentaire.

Le Président Abdou Diouf était parti du pouvoir tranquillement, laissant au peuple sénégalais l’image d’un excellent homme d’Etat doublé d’une discrétion inédite. Il avait choisi de partir à un moment où même certains analystes lui prêtaient la capacité de passer outre le verdict des urnes et de braver la volonté populaire exprimée au cours de l’élection présidentielle de 2000. Il était parti s’occuper alors de la deuxième plus grande organisation mondiale, en l’occurrence l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) qui tient son XVe Sommet à Dakar (29-30 novembre 2014). Bref, Diouf était parti avec sainteté, sous le regard nostalgique d’un peuple qui avait préféré ne retenir de lui que le dernier acte de grandeur qu’il avait posé : il accepta sa défaite, félicita son adversaire et se retira de la vie politique sénégalaise.

 

Avait-il alors besoin de revenir quatorze ans plus tard sous une allure et un propos aussi dénudés qu’incompréhensibles ? En quoi tous ses rappels concernant Djibo Ka, Iba Der Thiam, Moustapha Niasse et tous les autres pouvaient être utiles aux Sénégalais qui ont décidé de les vouer aux gémonies et de progresser vers des perspectives plus enrichissantes ? Qui connait ces personnages sait également que leurs répliques en circonstance de polémiques ne se font jamais attendre, surtout lorsqu’ils estiment devoir laver un affront. Mais à défaut d’être frivoles, les débats qui en découlent sont forcément stériles.

Pouvait-on imaginer que le Président Diouf n’a rien de plus réjouissant et de plus engageant à raconter à ses compatriotes et à ses partenaires ? Ah c’est vrai, il s’agit de ses “mémoires”. Mais peu importe, il a dirigé le Sénégal pendant presque vingt ans et a séjourné à la tête de l’OIF durant douze années. Il connaît beaucoup de choses pour s’être rendu presque partout dans le monde, y compris chez les peuples africains, les européens, les américains et les asiatiques. Il a du certainement voir ou du moins entendre parler de “bonnes pratiques”, de grandes intelligences et de perspectives nouvelles en matière de développement qu’il aurait pu partager. Il a du découvrir des expériences de gouvernance saine des ressources partagées, des innovations technologiques dont son peuple devrait s’approprier, des démarches de rupture pouvant être promues aujourd’hui comme une autre façon de produire l’intérêt public, et bien sûr de nouvelles causes à défendre. Mais le Président a préféré s’inscrire dans un registre minimaliste, davantage guerrier qu’autre chose et, de toute évidence, appauvrissant.

Il est regrettable que le peuple sénégalais puisse devoir déchanter à chaque fois qu’il croit avoir enfin trouvé son politicien le plus intelligent. Avant Diouf qui vient de faire tomber son masque contre toute attente, d’autres personnages s’étaient illustrés, tristement du reste. Mais on peut, peut-être, continuer de penser à l’existence d’une race politique rare.