L’ancien fleuron d’Internet a vendu ses principales activités en ligne à Verizon, spécialiste des télécommunications. Ce rachat acte la fin de la déchéance d’une entreprise qui n’a pas su évoluer avec son temps.

C’est une page qui se tourne pour un des premiers explorateurs d’Internet. Après quatre ans d’efforts infructueux de relance et une procédure d’enchères de plusieurs mois, le géant des télécommunications, Verizon, a annoncé lundi 25 juillet, le rachat du cœur de métier de Yahoo pour 4,8 milliards de dollars (4,4 milliards d’euros).

Dans le détail, Yahoo cède dans la transaction ses services en ligne comme Yahoo News ou Yahoo Mail. Verizon envisage de fusionner ces activités avec AOL, qu’il a déjà racheté l’an dernier. Le mariage doit permettre à Verizon de se renforcer dans les domaines de la vidéo et de la publicité en ligne.

Yahoo ! conserve une grande partie de sa valeur

De Yahoo il ne reste maintenant plus qu’un ensemble de brevets et un portefeuille d’actifs. Les plus intéressants sont sans doute les participations à 15 % dans le géant du e-commerce chinois Alibaba (soit 31 milliards de dollars) et à 35 % dans Yahoo ! Japan, respectivement estimées à 32 et 7 milliards de dollars (29 et 6 milliards d’euros).

Ces participations justifient la valorisation boursière de Yahoo, toujours évaluée à 36 milliards de dollars (33 milliards d’euros). Une belle somme pourtant incomparable aux 100 milliards atteints durant la bulle Internet au tournant du millénaire et même aux 47 milliards proposés par Microsoft en 2008 pour s’approprier Yahoo.

Déchéance d’un pionnier du Web

Fondé en 1994 – quatre ans avant Google –, Yahoo fut pendant plus de dix ans un fleuron d’Internet, précurseur des messageries électroniques et de la recherche en ligne. Son portail d’information a fait sa notoriété. Yahoo News, Sport, Finance et Vidéo, ont longtemps été des références sur la toile.

Mais en préférant faire un petit peu de tout au lieu de se spécialiser dans un domaine, le groupe s’est progressivement fait dépasser par ses concurrents. Google est devenu le moteur de recherche de référence, YouTube est le leader de la vidéo en ligne, Facebook et Twitter dominent le monde des réseaux sociaux…

Malgré tout, Yahoo reste une marque forte. Le groupe revendique encore un milliard de visiteurs réguliers sur ses sites et 600 millions sur mobile. En réalité, une grande partie de son audience vient de son service de messagerie mail, doté de 275 millions d’utilisateurs dans le monde. Surtout, Yahoo a raté le virage de l’Internet mobile.

L’échec de Marissa Mayer

Dans l’optique de rattraper le retard accumulé, l’arrivée en 2012 de la nouvelle PDG Marissa Mayer, ancienne vice-présidente de Google, avait suscité beaucoup d’espoirs chez Yahoo. Elle avait clamé sa volonté de refaire de la « plus grande start-up du monde » un acteur numérique de premier plan.

En quatre ans, Yahoo a multiplié les acquisitions – notamment le site de blogs Tumblr qui affiche un milliard de visiteurs mensuels – et modernisé ses produits, tout en réduisant ses effectifs de 45 %. Insuffisant au vu des 4,4 milliards de dollars de perte nette affichés en 2015.

Incapable de redresser Yahoo, Marissa Mayer porte également la responsabilité de la vente du cœur de métier à Verizon. À l’annonce de la vente, elle a indiqué vouloir continuer sa mission : « J’ai l’intention de rester. J’aime Yahoo et je crois en vous tous. C’est important pour moi de voir Yahoo entrer dans ce nouveau chapitre ». Selon des médias américains, elle pourrait toutefois être poussée vers la sortie.