La tournée nationale des infrastructures universitaires, entamée par le ministre de l’Enseignement supérieur, a pris une tournure inattendue hier. Si l’étape du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud) s’est déroulée sans encombre, celle de la cité Claudel a été écourtée par une vive contestation estudiantine.
Une confrontation évitée de justesse
Alors que le ministre s’apprêtait à inspecter les chantiers en cours à la cité Claudel, il a été accueilli par une foule d’étudiants en colère. Ces derniers, dénonçant le mutisme des autorités face à leurs revendications sociales, ont fermement exigé son départ. «Il doit partir, sinon ce sont les pierres qui le feront partir», a lancé, avec véhémence, Waly Faye (ou Diouf), président de l’Amicale de la Faculté des lettres et sciences humaines. Alors que le ministre s’entretenait avec des responsables dans une salle, les étudiants ont tenté de forcer le passage. Un affrontement physique a failli éclater avec la garde rapprochée. Finalement, les services de sécurité, plus nombreux, ont réussi à contenir la foule pour permettre l’exfiltration du convoi ministériel vers la Cité Keur Gorgui, où se tenait l’étape suivante à l’Anaq-Sup.
Le «mutisme» de la tutelle pointé du doigt
Pour les représentants des étudiants, cette visite impromptue à Claudel est perçue comme une provocation ou, au mieux, une stratégie d’évitement. Waly Faye accuse le ministre de se «cacher» pour éviter d’affronter la réalité du campus social : «Quand le ministre vient à l’Ucad, sa priorité devrait être le campus social. Mais il sait que la tension y est vive, c’est pourquoi il a préféré s’isoler à Claudel.»
Le cœur de la colère réside dans le retard chronique du paiement des bourses. Selon les délégués, les étudiants en Master 1 cumulent 13 mois d’arriérés. Malgré une suspension de leur mouvement de grève il y a quelques semaines pour «éviter une année blanche et préserver des vies humaines», les étudiants estiment que leur sens des responsabilités n’a pas été récompensé par un dialogue constructif.
Un calme précaire avant la tempête ?
Malgré les concessions faites par les amicales, le constat reste amer : «rien n’a bougé», déplore le président de l’Amicale des lettres. Face à ce qu’ils qualifient de mépris, les étudiants agitent à nouveau le spectre de la confrontation.
Tout en réitérant leur souhait de poursuivre l’année universitaire et d’étudier dans des conditions normales, ils préviennent que le campus de l’Ucad pourrait redevenir, dans les jours à venir, le théâtre de manifestations d’envergure si aucune réponse concrète n’est apportée à la question des bourses et des réformes proposées.
Les assurances du ministre
Accompagné des autorités universitaires, le ministre a d’abord pris le pouls des infrastructures en cours de réalisation. «Nous étions venus pour constater l’état d’avancement de ces chantiers», a-t-il déclaré, après avoir écouté les doléances des représentants des étudiants.
Face à la crise du logement qui frappe le campus, le ministre a reconnu l’ampleur du défi, tout en affichant son optimisme : «Oui, le logement est un problème réel. Mais avec ces nouveaux chantiers, l’Etat multiplie les efforts pour augmenter significativement la capacité d’accueil du Coud (Centre des Œuvres Universitaires de Dakar).»
Concernant les arriérés dus aux repreneurs des restaurants, le ministre a promis un dénouement progressif. «La dette est certifiée. L’Etat fera des efforts dès cette année 2026 pour éponger une partie de ce que nous devons aux prestataires.»
Tout en se voulant rassurant, le ministre n’a pas occulté la complexité de la situation économique nationale. «Je vous ai entendus. L’Etat fera tout ce qui est possible, même si nous évoluons dans un contexte budgétaire très difficile», a-t-il admis, réitérant que la prise en charge des services sociaux reste une priorité absolue du gouvernement.
