réussir ses études à l’université

De quelle façon s’organiser et se faire aider à l’entrée en fac ? Comment concilier job et études ? Les réponses d’Alain Tallon, vice-président de Paris-IV, aux questions des internautes du « Monde Campus ».

Comment réussir ses études à l’université ? C’était le thème d’un tchat organisé avec Alain Tallon, vice-président formation de l’université Paris-Sorbonne (Paris-IV) et directeur de l’UFR d’histoire, lors de la journée spéciale Rentrée étudiante du « Monde Campus », jeudi 28 septembre. Voici le compte rendu de cet échange en direct avec les internautes.

J’ai fait ma rentrée en licence de géo il y a une semaine, et déjà certains ne viennent plus en cours. Bosser tout seul dans une BU c’est impossible… Comment être autonome ?

De plus en plus d’universités ont mis en place des tutorats documentaires, qui peuvent être animés par des étudiants plus âgés, en master ou doctorat, ou en lien avec les personnels des bibliothèques et les conservateurs. Beaucoup de mentions et d’UFR ont des bibliothèques propres, où les enseignants des TD aident les étudiants à apprendre le travail documentaire. Il faut aussi éviter à tomber dans le syndrome du tout, tout de suite. Apprendre à gérer une recherche documentaire se fait durant les trois années de licence, c’est normal qu’au bout d’une semaine un étudiant ne sache pas encore en mener.

Mère d’un jeune de 17 ans qui a fait son entrée en licence de psycho il y a deux semaines, licence complètement saturée, de ce qu’il m’en a dit, je me demande comment il va pouvoir se saisir de cette matière qu’il découvre complètement ?

C’est un énorme problème que rencontrent certaines filières, et la psychologie est particulièrement touchée. Des solutions ponctuelles sont apportées, avec des cours en ligne, mais il y a un travail de fond à faire pour éviter la sélection par l’échec. Il a pu être commencé par la généralisation du tutorat. Il faut que les étudiants se renseignent sur tous les dispositifs d’aide en première année. Un des gros problèmes est que les étudiants ne sont pas informés de tous les dispositifs qui existent pour les aider, en première année notamment. C’est l’une des conséquences de l’afflux d’étudiants depuis ces dernières années.

J’ai eu une mention « très bien » au bac S pourtant depuis ma rentrée à la fac de sciences je me dis que j’ai envie de vivre et de voyager et que je pourrais réussir mes études plus tard… Est-ce une bonne idée de retarder ses études pour mieux les réussir ?

Oui. L’année de césure a été créée justement pour les étudiants qui ont un projet, à l’international, ou d’un stage de longue durée. Il faut simplement que ce soit un véritable projet pédagogique, bien inséré dans une vision à long terme de ses études. Pour cela, il est nécessaire d’en discuter avec les enseignants. De toute façon, l’année de césure est supervisée pédagogiquement par un enseignant. Mais plus l’étudiant sera le maître de son projet personnel, plus il aura des chances de réussir.

Quant au délai, chaque université organise le calendrier du dispositif de césure comment elle l’entend, et certaines proposent des césures sur un seul semestre. Au sein de mon université, Paris-IV, les dates de dépôt des dossiers sont désormais passées et la césure est d’un an.

Comment faire pour s’organiser à la fac entre les cours, les TD, le travail à la maison… Combien d’heures faut-il travailler à côté, en plus des cours, d’après vous ?

Cela dépend beaucoup des disciplines. Certaines, notamment les sciences expérimentales, ont un nombre d’heures d’enseignement très important, et c’est lors des TD et TP que l’étudiant va apprendre. Dans d’autres disciplines, par exemple littéraire, le travail en bibliothèque, autonome, prend une part beaucoup plus importante. Normalement, l’étudiant apprend progressivement à maîtriser ce travail personnel avec l’aide de ses enseignants. Il est important aussi de constituer des groupes de travail avec d’autres étudiants, pour ne pas rester seul devant ce travail demandé hors des heures d’enseignement.

Comment se fait-il que dix jours après la rentrée, certains étudiants n’aient toujours pas pu réaliser leurs IP, faute de place ? N’était-il pas possible de prévoir que cette rentrée serait « difficile », compte tenu de l’arrivée des baby boomers ? Quelles solutions proposez-vous pour l’an prochain ?

Dans la plupart des universités, le problème n’est pas lié au manque d’enseignants ou de moyens financiers pour créer de nouveaux groupes de TD, mais plutôt un problème de salles : c’est particulièrement le cas en Ile-de-France, où la situation immobilière universitaire est catastrophique. On se retrouve avec des groupes de 40 ou 50 étudiants, ce qui est une aberration.

J’ai choisi mes options un peu au hasard (je suis en L1 d’histoire)… et certaines ne me plaisent pas du tout. Peut-on changer en cours de route ? Cela va-t-il me fermer des portes pour les années d’après ?

Normalement c’est à la fin du premier semestre que l’on se réoriente. Il faut que les étudiants se renseignent longtemps à l’avance sur les cours qu’ils auront à choisir. Pour cela, de nombreuses universités organisent des journées portes ouvertes, diffusent sur leur site des programmes de cours… Mais si j’ai un conseil à vous donner, c’est de ne pas rester sur l’impression d’un premier cours ou d’un premier TD. Un enseignement qui peut paraître très difficile à quelqu’un qui arrive du lycée peut, grâce à une progression pédagogique, devenir beaucoup plus facile au cours du semestre. Et puisque l’on parle de l’histoire, la plupart des lycéens ne connaissent pas les périodes anciennes de l’histoire, c’est donc un choc pour eux qui ont surtout fait de l’histoire contemporaine au lycée, mais c’est aussi un choc apprécié pour ceux qui découvrent l’Antiquité, le Moyen-Age et la Renaissance.

Travailler empêche de vraiment se concentrer sur ses études. De nombreux étudiants échouent à cause de cela. Comment faire pour allier les deux ?

La question des étudiants salariés est un problème pour laquelle il n’y a pas de solution miracle. D’autant plus que les situations individuelles de ces étudiants sont extrêmement variées. Ce qui est certain, c’est que les étudiants salariés conservent un lien personnel et en présence physique avec leurs enseignants. La solution d’un enseignement uniquement à distance, par le numérique, me paraît une utopie dangereuse. Par contre, des enseignements hybrides, entre présentiel et distanciel, semblent des solutions d’avenir.

Je n’arrive pas à concilier vie professionnelle et vie universitaire. Comment sélectionner les cours qui sont importants ?

C’est extrêmement difficile, et c’est là que l’aide d’un tuteur étudiant ou d’un enseignant référent, qui va examiner personnellement la situation de l’étudiant, peut être très utile. De toute façon, les étudiants doivent être bien conscients qu’ils peuvent avoir une aide individuelle à l’université, et se renseigner auprès des services d’orientation, enseignant responsable de parcours de formation, département ou UFR… Comme enseignant de première année d’histoire, je reçois des demandes de mes étudiants par e-mail dès la première semaine, alors que j’ai un amphi de 350 étudiants.

J’entre en troisième année de licence. Comment cela va se passer cette année pour avoir une place en master ? J’ai vu que beaucoup d’étudiants n’avaient pas eu de place.

Cela dépend beaucoup des disciplines. Certaines sont en très forte tension, d’autres moins. La procédure pour trouver une place pour les étudiants qui n’avaient aucune réponse favorable des universités semble avoir fonctionné, même s’il est très tôt pour faire un bilan approfondi. On parle de 2 000 à 3 000 étudiants qui n’auraient pas encore d’affectation en master, sur 150 000 étudiants de L3, ce n’est pas un chiffre démesuré, même s’il y a matière à améliorer l’information et la procédure, qui a été mise en place dans des délais trop rapides. Ces difficultés révèlent une fois de plus le problème majeur de l’université : la bonne circulation de l’information auprès des étudiants.

Vous savez comme moi qu’il existe nombre de diplômes qu’on obtient à l’usure et que le problème est la compétence réelle des hauts diplômés. Peut-on envisager dans l’avenir la ratification du diplôme systématique une fois l’année suivie avec un pourcentage de compétence d’acquisition au lieu d’une barre fixe ?

La démarche par compétences se développe dans l’université, c’est une excellente chose, qui rapproche l’université du monde du travail, pour autant les compétences délivrées dans l’université s’appuient sur un socle de savoirs académiques que l’on continuera d’évaluer dans le cadre de la délivrance des diplômes.

Je suis en terminale et je vais devoir choisir mes études cette année ! Est-ce que certaines universités sont plus sélectives que d’autres ? Plus difficile que d’autres ? Je pense plutôt à des matières comme l’histoire, la géographie, ou la littérature…

Le cadre des formations est un cadre national, même si chaque université a ses spécificités. Il est utile de comparer les programmes de cours des différentes universités pour aller dans celles où le lycéen a l’impression qu’il aura les enseignements qui lui conviennent le mieux. Cela dépend aussi de la situation géographique de l’étudiant et de ses possibilités de mobilité. A Paris-Sorbonne, nous avons en première année de licence, 20 % d’étudiants qui viennent d’autres académies que de celles d’Ile-de-France, ce qui n’est pas le cas de nos partenaires scientifiques, qui ont des capacités d’accueil saturées, et ne peuvent qu’accueillir les candidats de l’académie.

Est-ce que 100 % de réussite à l’université est envisageable mais surtout raisonnable ? Ne doit-elle pas fonctionner comme un cursus honorum ? Sinon pourquoi ne pas imaginer qu’on exige bientôt 100 % de réussite à l’agrégation ?

Tout dépend de ce qu’on appelle la réussite. S’il s’agit du diplôme, 100 % de réussite, non, c’est impossible, car il y a aura toujours des étudiants qui échoueront à obtenir leur diplôme, pour de multiples raisons. Par contre, par la réorientation, par les conseils en orientation professionnelle, on peut espérer peut-être pas 100 % mais un pourcentage beaucoup plus important d’étudiants qui quittent l’université satisfaits de ce qu’elle leur a apporté pour leur vie future, et principalement évidemment leur insertion professionnelle.

Pensez-vous que c’est bien d’exclure les bacheliers professionnels de l’université ? Je suis en bac pro technicien menuisier, mais j’y suis par défaut, et je veux faire Staps. Et je suis bon en matière comme le français ou général. Et les profs nous disent qu’on aura pas de boulot après le bac pro de toute façon !

La question des bacheliers professionnels est grave. C’est vrai que leur taux d’échec dans les filières classiques est extrêmement élevé. Est-ce qu’une année de remédiation/remise à niveau pour des bacheliers professionnels voulant intégrer une filière de lettres ou de sciences serait suffisante ? Les quelques expériences que je connais ne me paraissent pas concluantes. Pour autant, je reste personnellement scandalisé par le fait que le système français ne propose pas assez de possibilités de se réorienter après une orientation contrainte, au lycée, à l’université ou d’autres formations. L’idée que tout se joue à 16 ans ou 18 ans est une monstruosité pédagogique.

Ceux qui prônent la non-sélection dans les filières se rendent-ils compte de leur responsabilité dans l’échec des étudiants et du gâchis humain associé ? Envoyer des étudiants dans des filières qui ne sont pas faites pour eux n’est ce pas un mépris de l’égalité des chances, en d’autres termes vouloir être égalitaire entraîne de facto une inégalité dans les chances de réussite.

Paris-Sorbonne est régulièrement pointée comme l’université qui aurait, en licence, le plus de formations sélectives en France, ce qui est faux. Simplement, nous demandons aux étudiants, pour certaines filières, de vérifier leur niveau : c’est le cas en musique, c’est le cas en arabe, où un étudiant qui n’est pas au niveau se voit proposer une année de diplôme universitaire, où les frais d’inscription sont moindres que ceux d’une licence, pour pouvoir intégrer le cursus d’arabe. Ce n’est pas de la sélection, c’est de l’orientation éclairée, et de l’assistance à la bonne orientation des étudiants.

Comment peut-on prétendre qu’il n’y a pas de sélection à l’université avec le taux d’échec en première année ? Ce n’est pas une sélection ? Le gouvernement préfèrerait-il sélectionner directement au CV des parents ?

Ce qui s’annonce, ce n’est pas une sélection, c’est l’indication de prérequis. Pour l’instant on ne sait pas si ces prérequis seront totalement contraignants ou s’il y aura un examen individuel des dossiers qui ne rentrent pas dans les cases définies. Je pense évidemment pour cette deuxième solution. Mais ce serait un progrès évident que de dire clairement aux lycéens ce que l’on attend d’eux pour intégrer une filière universitaire. Cela peut passer aussi par des tests en ligne, qui permettent à l’étudiant de vérifier son niveau.

En guise de conclusion, à la question comment réussir ses études à l’université, il me semble que la première condition, et peut-être l’unique, est d’y prendre du plaisir. Les années universitaires doivent être des années de bonheur pour les jeunes filles et les jeunes gens qui les vivent. Et le bonheur n’est pas une idée nouvelle à l’université.