Que sont devenus ces étudiants six ans après leur arrivée

Que sont devenus ces étudiants six ans après leur arrivée? Le journal universitaire partage avec vous cet article du journal le soleil pour vous retracer le parcours talentueux de ces étudiants haïtiens.

Accueillis à bras ouverts au Sénégal, le 13 octobre 2010, après le tremblement de terre qui a fait plus de 300.000 morts en Haïti, plus d’une centaine d’étudiants haïtiens ont donné un nouveau cours à leur destin sur la terre de leurs ancêtres, forcés de passer par la porte du voyage sans retour. Aujourd’hui, ils ont poussé à la source du savoir et des connaissances de la terre nourricière.

La Cité Aline Sitoé Diatta de l’Ucad ne fourmille plus. Quelques étudiantes sortent de leur chambre. Elles se dirigent vers les échoppes du côté de Fann Hock. D’autres prennent la direction des arrêts d’autobus « Tata » pour rentrer dans les quartiers. C’est le jour de la Tamkharit.

A l’entrée de la résidence universitaire, Madame Thiam veille sur la Cité. Il y a trois ans, cette ancienne duchesse était l’interface des étudiantes haïtiennes. Cette femme voilée, d’une grande stature, se garde de donner une note singulière aux comportements des anciennes pensionnaires venues de la terre des hautes montagnes, une des versions étymologiques de Haïti. « Les étudiantes haïtiennes n’ont pas de comportements particuliers. Comme tout être humain, certains ont eu des comportements irréprochables. D’autres ont réussi à avoir des diplômes. D’autres sont rentrés », confesse l’ancienne duchesse. Les anciens étudiants « gâtés » ne vivent plus dans les résidences universitaires depuis 3 ans.

Pourtant, aux premiers mois de leur arrivée au Sénégal, ces Afro-caraïbéens ne passaient pas inaperçus. Aujourd’hui, ils ne sont plus dans les campus de l’Ucad. Mais dans des quartiers comme Point E où le gouvernement leur a loué un appartement. Ils ne sont pas abandonnés à eux-mêmes.

Derrière l’immeuble abritant plusieurs institutions, un autre bâtiment de deux étages surplombe le Canal de Fass, non loin de l’ancienne station-service. Au rez-de-chaussée, Siméou, d’un air avenant, des lunettes de soleil sur le visage, la barbichette bien faite, avance comme un rappeur et se saisit de sa mobylette. Il démarre. Mais il met le moteur à l’arrêt. Le temps presse. Il doit avoir certainement des obligations ailleurs. « Tout se passe normalement depuis lors. Nous suivons notre formation, c’est l’essentiel », résume ce natif de Port-au-Prince.
Au premier et deuxième étage, il fait déjà jour : 9 heures. Certains font la lessive. D’autres s’apprêtent à prendre le petit-déjeuner. Ricardo, un jeune de teint clair, écouteurs à l’oreille, surfe avec une tablette. Après une première année au Département de Sociologie de l’Ucad, il est actuellement en Master à l’Ecole supérieure d’économie appliquée (Esea) (Ex-Enea). Ce spécialiste en développement n’a pas déchanté. Le retour à la terre de leurs ancêtres leur a porté bonheur. « Le retour en Haïti n’est pas pour le moment à l’ordre du jour. Je poursuis mes études. J’ai conservé la bourse, parce que j’ai réussi aux différents examens », dit-il avec un brin de fierté.

Au fil des années, il a tissé des relations avec des Sénégalais et des étudiants d’autres pays africains. Ces étudiants originaires de la « Grande île » sont hantés par la folle ambition de construire un pont entre l’Afrique et Haïti. Ils l’ont tenté. Mais l’idée tarde à se matérialiser. « Nous avons eu la chance, grâce au Sénégal et à son ancien président Maître Abdoulaye Wade, d’y venir étudier. Mais est-ce que d’autres générations d’Haïtiens auront cette chance ? Je ne suis pas sûr. Nous voulons participer au développement de l’Afrique à travers le panafricanisme », s’exprime Ricardo.

Le jeudi 13 octobre 2016, à 9 heures, Françoise sort de l’immeuble sur la pointe des pieds. La dame affiche une bonne mine. Elle doit remercier le Sénégal et ses camarades de classe. Françoise va bientôt boucler ses études en Sciences économiques. « Tout se passe bien jusqu’ici. Le reste, on verra », lance la demoiselle.

A l’ombre des immeubles s’élevant sur plusieurs étages, on aperçoit Jéco, de taille moyenne, se dandiner, un pain enrobé dans un papier. Le jeune homme n’a pas l’air pressé, alors qu’il fait 10 heures. Inscrit en Master II en Finance dans une école de la place, Jéco vit sa dernière année au Sénégal. « Je suis sur le point de boucler des études en Finance. La plupart du temps, ceux qui terminent rentrent, il y a quelques-uns qui ont trouvé du travail », concède-t-il.

Presque en fin de formation pour la plupart, ces Haïtiens pensent à leur avenir proche. Mais peu d’entre eux veulent se prononcer de façon nette. Par contre, beaucoup garderont à jamais des moments inoubliables. « A l’université, j’ai eu à côtoyer des étudiants super gentils, studieux, qui ont le sens du partage et la soif du savoir. Je suis chrétienne. J’ai donc aussi des relations avec l’église, les gens sont formidables », reconnaît Fabrina Laken-Thomisme Delsoin, étudiante en Master II de Phytopharmacie et Protection des végétaux à l’Ucad.

Idrissa SANE

Fabrina Laken-Thomisme Delsoin, étudiante en master 2 phytopharmacie : Le futur cadre du ministère haïtien de l’Agriculture
L’étudiante Fabrina Laken-Thomisme Delsoin est promue à une belle carrière. Elle est l’un des rares Haïtiens diplômés en Phytopharmacie et Production végétale. Elle est gardée en repérage par les autorités haïtiennes. Sauf changement, elle devrait intégrer le ministère de l’Agriculture de retour au bercail.

A l’état civil, elle répond au nom de Fabrina Laken-Thomisme Delsoin. Cette demoiselle s’impose par son physique. Son teint clair, son charme, ses parures, son style de vie peuvent attirer les regards. Elle s’exprime bien en français. Dans le domaine des sciences, elle a un parcours enviable. Cette fille, née à Port-au-Prince, dans la commune de Delmas, dont les parents sont originaires de Haïti, dans les Cayes, est l’aînée d’une famille qui compte deux filles.

Fabrina, discrète et souriante, sait ce qu’elle veut. Elle n’a pas perdu de vue qu’elle est venue au Sénégal pour étudier. Aujourd’hui, elle boucle son Master II en phytopharmacie et protection des végétaux. Elle est promue à une belle carrière dans son pays. Elle fait partie de ceux gardés en repérage par les autorités haïtiennes. Elle reçoit des encouragements de diplomates sénégalais et haïtiens.

« J’ai fait mes trois années de préscolaire à Kindergarden, à l’école Notre Dame de la Guadeloupe, puis mes études primaires et secondaires au Collège Adventiste de Diquini. J’ai eu mon bac en juillet 2009 (série D).  Après, je me suis inscrite aux cours de Pré-Fac pour intégrer la Faculté de Médecine de  l’Université d’Etat de Haïti », informe Fabrina.

Le séisme du 12 janvier 2010 a emporté ses rêves de devenir médecin. Ce tremblement de terre a mis à terre le système éducatif. La bachelière a saisi l’opportunité offerte par les autorités sénégalaises pour poursuivre ses études sur la terre de leurs ancêtres. Le 13 octobre 2010, elle débarque à Dakar avec 162 autres étudiants. « A mon arrivée, j’étais orientée à l’Université de Thiès, plus précisément  à l’Institut supérieur de formation agricole et rural (Isfar), ex-Encr (Ecole nationale des cadres ruraux) de Bambey. J’ai décroché ma Licence en Production végétale », raconte l’étudiante qui termine son Master II en Phytopharmacie et Protection des végétaux à la Faculté des Sciences et Techniques, au Département de Biologie végétale de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad).

Fabrina, qui va quitter le Sénégal après son Master II, gardera à jamais les souvenirs de son séjour dans le pays. « J’adresse mes sincères et profonds remerciements à l’ancien président du Sénégal, son Excellence Maître Abdoulaye Wade, pour avoir eu l’idée d’octroyer des bourses d’études aux étudiants haïtiens et aussi au président actuel, Son Excellence Macky Sall, d’avoir assuré le suivi du projet », reconnaît cette spécialiste en production végétale.

Mamadou Aicha NDIAYE

Revol Beesley, master 2 banque et finance : Un Haïtien fasciné par le brassage culturel à Thiès
Revol Beesley est un étudiant haïtien inscrit en Master II en Banque-Finance-Assurance à l’Ufr Sciences économiques et sociales (Ses) de l’Université de Thiès (environ 70 kilomètres de Dakar). Il vit dans la capitale du rail depuis six ans et gardera certainement pour l’éternité le brassage culturel dans cette ville. Ce spécialiste des Finances s’engage à participer à la reconstruction de son pays.

Ils étaient une trentaine d’étudiants haïtiens à passer plusieurs années à Thiès, à environ 70 km de Dakar. Ils ont suivi des formations en Santé, Banque-Finance-Assurance, Tourisme et en Agriculture à l’Ecole nationale supérieure d’agriculture (Ensa). Depuis lors, ces Africains des Caraïbes maintiennent le cap. Certains sont rentrés. D’autres poursuivent leurs études.
Dans leur résidence à l’Ecole polytechnique de Thiès, Revol Beesley rêve d’apporter sa pierre à la reconstruction de son pays dans le domaine des Banques-Assurances-Finances.

L’acquisition des connaissances dans ces spécialités n’a pas de prix pour cet étudiant habité par la nostalgie du pays. « Vous comprenez aisément, dit-il, que je suis très nostalgique de mon pays natal, Haïti. Mais, comme je me suis fixé un objectif, je reste encore debout pour l’atteindre. C’est acquérir les connaissances qu’il faut afin d’être utile à la société, au service de mon pays ». Ces temps-ci il a quartier libre. Il vient de défendre son travail de recherche. Il attend ses relevés de notes et son attestation. « J’attends simplement l’administration qui doit me délivrer certains papiers comme les relevés de notes et l’attestation après délibération. Je suis obligé de patienter », se résigne M. Beesley.

Cette période est douloureuse pour lui. Il vient de perdre 2 de ses compatriotes avec qui il a partagé de bons moments, 6 ans durant, dans la capitale du rail. Du fond du cœur, il regrette qu’une banale histoire puisse tourner au drame. « C’est un coup du destin tragique compte tenu des rapports très étroits et amicaux qu’entretenaient les deux étudiants », regrette Revol Beesley.

A Thiès, il dit avoir tiré beaucoup d’enseignements du brassage culturel entre deux peuples frères. « Je trouve que c’est mieux d’apprendre la culture des autres, cela favorise une ouverture d’esprit, une meilleure intégration dans la société, mais aussi et surtout l’acquisition de connaissances qui devraient me permettre d’être fin prêt pour bien servir mon pays », note Beesley.

Le contact avec sa famille en Haïti n’ayant jamais été rompu, il se félicite de l’accompagnement et du soutien dont il a bénéficié, mais aussi des conseils que lui prodiguaient ses parents pour l’accomplissement d’une telle mission. « On les a accompagnés depuis le début à nos jours. Et ils ont toujours la possibilité de bénéficier de toutes les prestations offertes par le Coud comme la restauration, l’hébergement, la prise en charge sanitaire, entre autres », nous confie Malick Sèye, le superviseur administratif et financier du Coud.

Mohamadou SAGNE

Insertion sociale : Plus de la moitié des diplômés ont intégré le monde du travail
Une première vague d’étudiants est rentrée en Haïti. Certains occupent de hautes responsabilités dans des institutions stratégiques. Tout compte fait, plus de la moitié des diplômés haïtiens du Sénégal ont intégré le monde du travail.
Dans leur résidence au Point E, quelques étudiants et étudiantes font leurs valises. Ils ont bouclé leur cycle dans les branches de spécialisation. Ils ont hâte de retrouver leurs parents. Ils sont partagés entre le sentiment de satisfaction teinté de regret. La séparation est toujours douloureuse. Les étudiants rentrent les uns après les autres après l’obtention des diplômes dans les différentes spécialisations. Mais le séjour est parti pour être un long pour les autres. Ces derniers sont insérés dans le tissu socioprofessionnel.
« Ceux qui sont rentrés ne l’ont pas regretté. Je peux citer l’exemple d’un étudiant qui a fait des études sur l’assainissement des eaux usées à l’Ecole supérieure polytechnique (Esp) de l’Ucad et qui a fait une belle carrière. Il en est de même d’un autre titulaire d’un diplôme en Génie civil à l’Université de Thiès. Il a trouvé du travail une semaine après son arrivée en Haïti. A ma connaissance, à la date d’aujourd’hui, il y aurait une quinzaine d’étudiants cherchant encore un poste », a rapporté la consule d’Haïti au Sénégal.
Depuis Haïti, où il se trouve, Seide Putnam Louis-Jean est très enthousiaste de répondre à nos questions, malgré son calendrier très chargé. Surtout en cette période où son pays est frappé par une nouvelle catastrophe naturelle qui a fait plus de 1.000 morts après le passage de l’ouragan Mathew.
L’ancien pensionnaire de l’Université de Bambey est rentré au pays le 25 janvier 2014. Il a commencé à travailler le 1er octobre de la même année au ministère de la Santé publique d’Haïti. « Je suis employé comme technicien en santé communautaire en même temps que 3 autres étudiants haïtiens qui ont étudié au Sénégal», s’est félicité Seide Putnam Louis-Jean, qui s’est marié entretemps. Il est papa d’un enfant.
Loin du Sénégal, ces diplômés sont des ambassadeurs du système d’enseignement supérieur sénégalais. Au ministère de la Santé de Haïti, les cadres louent la qualité de la formation dans les établissements d’enseignement supérieur du Sénégal à travers les prestations des diplômés de l’Université de Bambey. « Pour moi, il n’y a pas meilleur endroit au monde où l’on peut vivre paisiblement qu’au Sénégal. La Téranga (hospitalité) est une réalité », admet le technicien supérieur en santé communautaire.
I. SANE et M. A. NDIAYE

Carole Bellerive Niasse, Consule honoraire de Haïti au Sénégal : « L’idée de poursuivre la coopération est agitée »
La Consule honoraire de Haïti au Sénégal, Carole Bellerive Niasse, est bien placée pour parler du séjour des étudiants haïtiens au Sénégal. Elle apprécie ce bel élan de solidarité en matière de formation. D’autant plus que parmi les bénéficiaires, certains étaient majors de leur promotion comme à l’Ecole nationale de développement sanitaire et social (Endss). D’autres ont brillé à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, avant d’être recrutés dans des écoles doctorales dans cette institution et celles des universités françaises. Le gouvernement de Haïti étudie la poursuite de ce bel exemple de coopération.

Le Sénégal a accueilli 162 étudiants haïtiens en 2010. Peut-on avoir une idée sur le niveau de leur formation ?
Nous avions reçu, le 10 octobre 2010, 162 étudiants haïtiens au Sénégal. Ils étaient répartis entre les universités de Dakar, Saint-Louis, Bambey, Thiès, Ziguinchor ainsi que dans les écoles et instituts de formation de la place, tant publics que privés, et dans différentes filières. Les domaines de formation étaient divers, allant des sciences juridiques et économiques, à la médecine, la gestion, le génie sanitaire, le Btp. Nous avons celles qui ont obtenu des diplômes de sages-femmes et d’infirmiers d’Etat. Nous avions eu des majors dans des filières à l’Ecole nationale de développement socio-sanitaire (Endss). De façon globale, nous avons un taux de réussite qui avoisine 80 %. Nous avons des étudiants qui sont rentrés après la fin de leur formation. Il y en a deux qui sont rentrés prématurément. L’une a été malade. L’autre ne s’est pas habitué au régime alimentaire du Sénégal et avait des problèmes de santé. Dans le contrat initial, la formation devait durer 3 à 4 ans suivant les filières. Mais les étudiants ont demandé à faire le Master II pour être en phase avec l’évolution de ce qui se fait au niveau international ; ce qui leur a été accordé par les autorités sénégalaises.

Ceux qui sont rentrés ne l’ont pas regretté. Je peux citer l’exemple de cet étudiant qui a fait des études sur l’assainissement des eaux usées à l’Ecole supérieure polytechnique (Esp) de l’Ucad et qui fait une belle carrière. Il en est de même d’un autre titulaire d’un diplôme en génie civil à l’Université de Thiès et qui a trouvé du travail une semaine après son arrivée à Haïti. A ma connaissance, à la date d’aujourd’hui, il y aurait une quinzaine d’étudiants cherchant encore un poste.

Après cette vague, est-ce qu’il y a la possibilité que cette forme de coopération se poursuive ?
La République de Haïti ne peut pas remercier assez le gouvernement du Sénégal qui a donné une chance à ces jeunes. Il y en a un qui travaille dans un projet de coopération entre le Canada et Haïti qui a été bien apprécié par ses supérieurs hiérarchiques, parce qu’il a été opérationnel dès les premiers jours de son emploi. Cet étudiant a été formé à l’Institut supérieur de formation agricole et rurale (Isfar) de Bambey. Le gouvernement de Haïti, à travers le ministère des Affaires étrangères, souhaite entamer des discussions avec son homologue sénégalais, afin d’étudier les possibilités de continuer cette coopération, mais bien entendu sur d’autres bases et en nombre beaucoup plus restreint.

De plus, le gouvernement haïtien déterminera ses besoins par rapport aux domaines où l’expertise sénégalaise est avérée, comme la diplomatie par exemple. Nous travaillons à identifier ces domaines. L’accueil des étudiants haïtiens au Sénégal a été un bel exemple de coopération en matière de formation Sud-Sud. Ces étudiants étaient choyés, mais surtout formés à travailler dans des conditions proches de celles qu’ils rencontreront chez eux. Certains sont allés poursuivre des études doctorales en France après leur Master II obtenu à l’Ugb. Deux feront bientôt leur thèse en Médecine. Nous travaillons à récupérer les diplômes officiels des étudiants rentrés munis de leur attestation de réussite, afin de faciliter leur insertion professionnelle dans leur pays. Dans les prochaines semaines, un groupe de 12 à 18 étudiants rentreront munis de leurs diplômes. Le Bénin et le Rwanda ont suivi l’exemple du Sénégal avec des effectifs plus réduits.

Aujourd’hui, est-ce que ceux qui le souhaitent peuvent continuer à vivre au Sénégal ?
Les accords signés par les deux pays prévoient que le Sénégal ramène les étudiants chez eux à la fin de leur formation. A la date d’aujourd’hui, et à notre connaissance, aucun étudiant ne nous a présenté des papiers justifiant d’un changement de statut. En principe, ils ne peuvent pas travailler. Mais certains, du fait de leurs relations durant leur stage, de leur dynamisme, peuvent trouver du travail, mais devront le déclarer pour être en règle avec la loi sénégalaise et certainement rentrer chez eux avant de revenir s’installer à titre personnel. Je crois savoir que certains souhaitent prendre épouse au Sénégal, si ce n’est déjà fait ! Nous attendons une information officielle.

Au début, il y avait des barrières socioculturelles. Ces jeunes Haïtiens n’avaient pas une bonne connaissance des réalités de la société africaine. Certains hésitaient à rendre visite à leurs parrains ou marraines, parce qu’ils ne savaient pas comment ils allaient être reçus dans des familles musulmanes. Au fil du temps, toutes ces barrières ont été surmontées. Il y a une bonne intégration et quelques relations familiales au niveau des parrains et marraines qui perdureront au-delà de la distance, et je ne serais pas étonnée de voir, dans les années à venir, quelques-uns revenir en visite privée. Et ce sera une excellente chose.

Seide Putnam Louis-Jean, agent du ministère de santé publique d’haïti : « Je n’oublierai jamais l’accueil royal et mon séjour au Sénégal »
L’ancien pensionnaire de l’Université de Bambey Seide Putnam Louis-Jean est retourné en Haïti depuis 2014. Il travaille pour le compte du ministère de la Santé publique de son pays. Le technicien supérieur en santé communautaire garde encore les images de leur accueil à Dakar, comme si c’était hier. « Lors de notre arrivée à l’aéroport Léopold Sédar Senghor, il y avait une immense foule le long de la route menant vers l’hôtel. C’était un accueil royal. Ce fut un moment magique. Par la suite, nous sommes transbordés à bord d’un luxueux bus pour le monument de la Renaissance où il y avait un monde fou. Nous avons été accueillis par le président Abdoulaye Wade qui avait prononcé un discours plus que réconfortant », raconte le technicien en santé communautaire. Le lendemain, ces étudiants ont visité l’île mémoire de Gorée d’où étaient partis leurs ancêtres.

M. A. NDIAYE

Université Gaston Berger de Saint-Louis : Les étudiants haïtiens se sentent comme chez-eux
A Saint-Louis, Grégory Joseph, président des étudiants haïtiens, et son compère Justin Chery ne ratent jamais une occasion pour exprimer leur joie de se retrouver au Sénégal. Aujourd’hui, plus qu’hier, ils saluent cette belle décision du président Abdoulaye Wade qui a donné la chance aux étudiants haïtiens de poursuivre leurs études après le tremblement de terre de 2010.

Sur le terrain communément appelé « Tour de l’œuf » dans le campus de l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis, là où se prélassent les étudiants, Grégory Joseph et Justin Chery apparaissent détendus. Grégory Joseph, étudiant en première année de thèse de Sociologie, et Justin Chery, qui suit des cours en Dea dans le domaine de la gestion, se souviennent des premiers jours, après leur arrivée, en 2010, à Saint-Louis. « Nous étions 26 pour l’essentiel à venir de Haïti, mais maintenant, il reste une bonne dizaine. Certains sont rentrés et d’autres ont fini un cycle et ont eu envie d’en entamer un autre ailleurs », informe Grégory Joseph.  En effet, depuis le début, explique le président des étudiants haïtiens de Saint-Louis, il y avait le besoin de se réunir en communauté afin d’apporter des réponses à d’éventuels problèmes qui ont pour noms : logement, gestion des bourses. Mais « nous ne nous faisons pas beaucoup de soucis, car les autorités académiques et sociales sont très sensibles et nous apportent tout leur concours », précise Justin. Grégory Joseph d’ajouter qu’ils sont au Sénégal depuis 6 ans et que la terre mère leur manque. Mais « nous sommes biens intégrés au Sénégal », avance-t-il.

Ces étudiants sont partagés entre la nostalgie de leur pays et l’ambition de poursuivre leurs études et de donner plus de chance d’occuper des postes de responsabilité à Haïti. « L’objectif de départ, c’était de renter après la formation et de participer à la reconstruction du pays. Mais n’empêche, nous pouvons rester ici, si nous avons une offre de travail », nuance Justin Chery.

Au cours de cette rencontre, ces futurs cadres tentent de donner des solutions d’atténuation face à l’occurrence des catastrophes naturelles. « C’est vrai que c’est toujours compliqué, avec les phénomènes naturels, mais il y a, comme en Afrique, beaucoup de misère, mais on arrive à vivre », indique le président des étudiants haïtiens de Saint-Louis. A son avis, comme Cuba parvient à anticiper sur ses problèmes, il leur faut « une bonne organisation et cela va permettre d’amoindrir les dégâts lors des saisons cycloniques ».

 

2 COMMENTAIRES

  1. La majorité de ce qui est dit dans cet article est archi faux. Je n’ai jamais su ce que le gouvernement haïtien a fait pour intégrer les jeunes que le gouvernement a lui même envoyé prendre des formations. Plus de la moitié travaille!!!! Mais un peu de conscience quand même!!! A ce que je sache ceux qui travaillent c a koz de kolonn. Je ne suis pas sure que le gouvernement ait intégré au moins 15 jeunes dans l’administration publique. Pourtant il était dit dans l’accord entre le Sénégal et notre chère Haïti que notre intégration dans l’administration publique doit se faire à notre retour. C’est comme si les autorités ne savent même pas si on est de retour. Quand on va dans une institution publique pour déposer un cv on nous demande pourquoi on est revenu en Haïti. Alors, cher journal, il faut bien trianguler et analyser les informations avant de les publier. Il ne faut pas considérer seulement une partie. Il faut tout prendre en compte. Il n’y a même pas d’avenir pour ceux qui ne sont pas encore rentrés. C’est hilarant tout ça quand on voit des cadres que l’Etat ne veut même pas utiliser. Cher journal, savez vous à ce moment même il y a des jeunes qui grèvent à la primature dans le seul but de se faire intégrer dans l’administration apres 3 années de retour au pays? Mais arrêtez je vous en prie!!! D’autres étudiants comme Bertrand ou Fedner…peuvent en témoigner.

    • Bonjour Flore.
      Votre réaction est très intéressante et nous intéresse beaucoup. Ceci est un article du quotidien Le Soleil que nous avons partagé. Pour ce qui nous concerne, nous avons voulu recueillir à maintes reprises des témoignages sans avoir quelqu’un pour faire un bon entretien. Pourriez-vous par exemple nous accorder un entretien pour éclairer cette question en profondeur ? Si vous êtes d’accord, nous enverrons un questionnaire par e-mail. Merci d’avance.

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