Carte Biométrique CEDEAO

Il y a quelques semaines déjà que les Sénégalais accueillaient avec beaucoup d’euphorie et d’enthousiasme l’annonce de la mise en oeuvre de la nouvelle carte nationale d’identité biométrique CEDEAO. Nous avions alors expliqué à nos lecteurs tout ce qu’il convient de savoir à propos de cette nouvelle carte qui va être un outil approprié par l’ensemble de la communauté économique de l’Afrique de l’Ouest. Toutefois, à peine que les opérations de confection ont débuté dans certains endroits du pays, notamment à Dakar, on remarque une certaine lassitude, voir un dégoût des citoyens qui étaient pourtant bien emballés par l’idée d’obtenir cette nouvelle pièce d’identification. Nous avions même réalisé quelques enquêtes pour aider nos lecteurs à savoir comment obtenir la nouvelle carte d’identité biométrique. Mais voilà qu’un sentiment de désarroi s’empare des uns et des autres juste après quelques jours de procédure. S’il faut payer pour la carte d’identité biométrique, rares sont les gens qui restent motivés. En réalité, ils ont raison si l’on considère que l’on a vraiment pas besoin de payer pour être citoyen(ne) dans son propre pays.

Des contraintes récurrentes pour une nouvelle carte d’identité

Parmi les mesures qui accompagnent la réalisation des nouvelles cartes d’identité biométrique, il y a celle consistant à faire payer les citoyens sénégalais qui ne se seront pas encore dotés de cette nouvelle pièce au bout de six mois. Espérons simplement que cela soit juste un moyen de pression pour amener les gens à se hâter dans les démarches. Le sénégalais, malheureusement, est réputé attentiste et a propension à toujours attendre les dernières heures pour s’y prendre. Mais de toute façon, les effets d’une telle décision sont déjà perceptibles : de longues files d’attente se forment devant les structures habilitées à recevoir les demandes de la population. A l’évidence, les nuisances que cette situation occasionne ne sont guère du goût de ces sénégalais et sénégalaises obligés de se lever très tôt le matin juste pour pouvoir déposer leur dossier.

Certaines personnes ont d’ailleurs témoigné sur les pages du Journal Universitaire exprimant clairement un ras-le-bol. Quelqu’un écrivait ceci :

Tout ce que je sais c’est que c’est devenu compliqué d’avoir le sésame faire la queue à 5h du matin pour un numéro ensuite y retourner pour s’inscrire. C’est du n’importe quoi il n’a jamais été aussi difficile d’avoir une pièce d’identité

Être premier ou éviter simplement de payer après ?

La situation que décrit ce citoyen désireux de se procurer la nouvelle carte d’identité biométrique est bien embarrassante. En même temps, elle interpelle tout le monde et, au premier chef, l’Etat du Sénégal. Le fait que les citoyens s’entassent, comme par enchantement, devant les structures qui confectionnent les cartes d’identité CEDEAO indique au moins deux choses. La première se réfère à l’effet de nouveauté : les sénégalais sont friands de nouveauté et chacun peut être tenté de se proclamer parmi les premiers à obtenir la nouvelle carte d’identité et à la montrer aux autres qui l’ont pas encore découverte. La seconde chose a trait à la contrainte du paiement de 10 000 fcfa à faire au-delà des 6 mois de grâce. Dans l’une comme dans l’autre hypothèse, il y a matière à réfléchir sur la nécessité de faire payer les citoyens qui cherchent volontairement à devenir… des citoyens.

Faut-il payer pour la carte d’identité biométrique ?

La question ne peut être tranchée d’entrée de jeu si l’on considère qu’il existe un certain nombre d’initiatives et de charges qui exigent parfois une contribution des citoyens. Hier déjà, nous parlions du pont à péage qui va être construit à Foundiougne, ce qui est un elexir qui pourrait bien solutionner quelques problèmes de mobilité au niveau de cette zone. Mais pour ce qui est de la nouvelle carte d’identité biométrique, la somme qui va être demandée n’a rien de symbolique. Elle parait, tout au contraire, très exorbitante. Non pas de façon intrinsèque, mais au regard des capacités financières et du niveau de vie de la majorité des sénégalais. De sources dignes de fois, c’est plus de 45% de la population sénégalaise qui vit encore au-dessous du seuil de pauvreté. Les difficultés ne manquent donc pas dans un contexte social fait de multiples défis, en l’occurrence le manque d’emplois et de moyens de subsistance.

En définitive, si le fait de faire payer les citoyens retardataires n’est qu’une promesse visant à les hâter, la ruse semble salutaire et fonctionnelle. S’il agit, à l’opposé, d’une action à matérialiser ultérieurement, les citoyens pourraient se plier à la volonté de l’Etat, mais avec beaucoup d’amertume. Cela est d’autant plus légitime qu’il n’existe presque pas aujourd’hui de dispositifs d’information destinés à indiquer précisément aux citoyens l’ensemble de la démarche pour obtenir la nouvelle carte d’identité biométrique. Des bribes d’informations existent ça-et-là, mais les citoyens semblent toujours déroutés. Depuis la publication de notre précédent article sur cette nouvelle pièce d’identité, nous avons reçu des tas de questions via notre site. Sans compter la pléthore de réactions des citoyens qui nous interpellent directement à partir de notre page Facebook. Aux autorités donc de prendre ce taureau par les cornes.