L'océan menace habitants et patrimoine à Saint-Louis

Des voix d’enfants s’échappent d’une école coranique du quartier des pêcheurs de Saint-Louis, dans le nord-ouest du Sénégal. A quelques mètres, les classes de deux autres écoles se sont déjà effondrées sous les assauts des vagues.

Les effets du changement climatique menacent toujours plus le mode de vie des habitants de l’ancienne capitale sénégalaise, dont la fondation, entre fleuve et océan, remonte au XVIIe siècle, sous Louis XIV.

Les édifices publics et privés de la ville, autrefois surnommée la “Venise africaine” et classée depuis 2000 au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, nécessiteraient pour la plupart des travaux de rénovation.

“C’est spectaculaire et ça peut devenir grave”, a commenté le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, qui a effectué mardi une visite éclair à Saint-Louis, en marge de sa participation au Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique.

Le président sénégalais, Macky Sall, a quitté Dakar mardi pour se rendre à la 23e conférence climat de l’ONU à Bonn, en Allemagne, où les pays en voie de développement ont demandé aux pays développés le respect de leurs engagements, au terme d’une année secouée par les cataclysmes météorologiques.

Dans le quartier populeux de Guet Ndar, construit sur la “langue de Barbarie”, une bande sablonneuse d’une vingtaine de kilomètres de long entre fleuve et océan, l’urgence se fait sentir.

L’école Abdoulaye Mben Khali a perdu huit classes du fait de la montée des eaux. Ses élèves sont à présent accueillis dans un autre établissement, Cheikh Ndar, à une cinquantaine de mètres plus loin sur le front de mer.

Des classes de cette autre école, seulement séparées des vagues par une bande de sable d’une vingtaine de mètres, ont également été détruites, tandis que six autres ont été condamnées préventivement, explique Mariama Traoré, préfète de Saint-Louis.

A un petit kilomètre de là, ce sont 152 familles qui ont perdu leur logement, dont les dernières lors des tempêtes qui ont frappé le Sénégal en septembre.

Elles ont été relogées dans des tentes installées à l’intérieur des terres, près du petit aéroport de Saint-Louis.

– Visite d’Etat –

A la demande des autorités sénégalaises, la Banque mondiale réalise une étude sur la protection de la ville face au changement climatique. “J’espère que ses conclusions seront rapides parce qu’il faudra envisager les moyens d’action”, relève M. Le Drian, venu en éclaireur avant une visite d’Etat au Sénégal que doit effectuer en février le président français Emmanuel Macron.

D’ici là devrait avoir été construite une bonne partie d’une digue de 3,6 km destinée à protéger les quartiers les plus peuplés, dont les travaux doivent débuter dans les prochains jours.

Au coeur de la ville, sur la place qui porte son nom, la statue de l’ancien gouverneur colonial français du Sénégal Louis Faidherbe est elle aussi tombée début septembre, abattue par les fortes pluies.

Malgré des appels à retirer définitivement le monument de bronze pour le remplacer par des figures historiques locales, la statue de Faidherbe, gouverneur du Sénégal de 1854 à 1861 puis de 1863 à 1865, a retrouvé sa place, les autorités estimant qu’on ne pouvait pas porter atteinte au patrimoine de la ville.

Comme d’autres sites remarquables, la place Faidherbe devrait être rafraîchie grâce au Programme de développement touristique (PDT), financé à hauteur de 24,5 millions d’euros par l’Agence française de Développement (AFD).

Ce vaste projet de rénovation, approuvé en 2011, “ne s’active pas”, a toutefois regretté le ministre des Affaires étrangères.

“Il faut faire en sorte que dans le cadre de la visite du président Macron, on puisse aboutir à la définition très concrète d’un agenda”, a averti M. Le Drian.

Avant de repartir, le chef de la diplomatie française a effectué une dernière visite, à la cathédrale, où il a pu constater que, comme sur les façades de nombreux édifices de style colonial, le crépi couvrant les murs tombe par plaques entières.

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