Jeunesse guinéenne et le partenariat Afrique-UE

La coopération entre l’Europe et l’Afrique  a débuté peu après le début de l’indépendance des pays africains par la signature de la Convention de Yaoundé (Cameroun). Signée le 20 juillet 1963 entre la Communauté économique européenne et dix-huit Etats africains et malgache associé (EAMA), cette première convention était valable pour une durée de cinq ans. C’est elle qui a confirmé l’association Europe-Afrique sur la base des échanges commerciaux et d’une aide financière de six pays de l’Europe.

Douze ans après, le 28 février 1975 exactement, une convention appelée Convention de Lomé a été signée entre la Communauté économique européenne (CEE) et 46 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Cette convention a pris fin par la signature de l’Accord de Cotonou le 23 juin 2000 dans la capitale économique du Bénin.

Selon le site Wikipédia, l’Accord de Cotonou, entrée en vigueur le 1er avril 2003, a pour objectif, entre autres, de rétablir les équilibres macroéconomiques, développer le secteur privé, améliorer les services sociaux, favoriser l’intégration régionale, promouvoir l’égalité des chances homme-femme, abolir de manière progressive les entraves aux échanges commerciaux.

Le type de partenariat souhaité par la jeunesse guinéenne

Cinquante après, l’Afrique se cherche toujours. En Guinée, les jeunes pensent à une redéfinition du partenariat Afrique-Union uropéenne. Abdourahamane Baldé, président du parlement des jeunes leaders de la société civile de Guinée attend de l’Europe le partage avec l’Afrique de son savoir-faire. « Aujourd’hui, il y a le savoir-faire, il y a les qualifications  que l’Europe doit partager avec l’Afrique. Il y a la science sans laquelle il ne peut y avoir de développement. Il y a les nouvelles technologies de l’information et de la communication qui offrent aujourd’hui d’innombrables  opportunités de développement à la fois social et économique», a-t-il affirmé.

Pour lui, l’aide au développement que l’Europe apporte souvent à l’Afrique fait du continent africain de plus en plus dépendant. « Moi, je suis pratiquement frustré d’entendre parler de l’aide au développement.  C’est une insulte. C’est ce qui a préparé l’africain à la dépendance. Le fait de vouloir lui donner de l’argent. Il faut arrêter de nous donner de l’argent. Il faut juste mettre un partenariat gagnant-gagnant avec les pays africains et l’Union Européenne. Depuis que des lustres, pratiquement nous ne parvenons pas à faire notre propre vélo chez nous. Eux, ils ont envoyé des Boeings dans l’espace. Qu’ils construisent des usines en Afrique pour transformer ici en Afrique nos matières premières. L’Union Européenne doit apporter la science, la technologie, le savoir-faire dans ce partenariat et que l’Afrique puisse apporter les ressources minières et humaines sans les gaspiller dans la Méditerranée et dans l’Atlantique. »

Quant à Abdoul Sacko du Conseil régional de la société civile guinéenne de Conakry,  l’Union européenne doit faire l’évaluation de l’impact de ses appuis sur les conditions de vie des citoyens guinéens.

« Il y a l’aspect impact et efficacité de l’aide sur la vie des populations notamment les jeunes, qui n’est pas pris en compte depuis l’élaboration des accords. Avant de faire une aide, il serait mieux de faire l’évaluation de l’exécution de l’aide antérieure pour connaitre son impact sur la vie des citoyens, sur l’amélioration des conditions de vie des citoyens. C’est-à-dire rapprocher l’aide de la vie des citoyens en termes d’amélioration de leurs conditions de vie. »

Dans le partenariat entre ces deux continents, il y a le déploiement en Afrique des missions d’observation électorale. Ces missions sont composées essentiellement, pour ne pas dire entièrement, d’Européens. Abdoul Sacko pense que le mieux, c’est de former et de déployer sur le terrain des Africains. « L’observation électorale se fait dans la plupart des cas par des gens qui sont issus des pays de l’Union Européenne. Ces gens qui viennent là, généralement, ne maîtrisent pas les langues des pays d’accueil. Ce qui fait que le plus souvent, les candidats sortants parviennent à utiliser cela contre leur observation, même si celle-ci est de  qualité. Ce qui fait que les Chefs d’Etat accuse, à tort ou à raison, l’Europe d’avoir  toujours à leur égard une attitude de paternalisme. Cela est dû au fait qu’ils ne tiennent pas compte du développement des compétences locales. Le mieux serait de former des gens sur place qui vont faire l’observation des élections. Mais de façon générale, les appuis de l’UE sont salutaires », explique-t-il.

Investir dans la jeunesse

La majorité des populations africaines sont jeunes, donc aptes à travailler. Mais aujourd’hui, les jeunes pensent que l’Europe est un paradis terrestre. D’où une volonté de nombreux jeunes africains d’aller vers le vieux continent à la recherche du bonheur.

Pour freiner ce phénomène de l’immigration clandestine, M. Sacko affirme que l’appui de l’Union Européenne doit se baser sur la formation des jeunes en Afrique. «Au niveau de la jeunesse, ce qui est important, c’est que l’Union Européenne doit tenir compte du développement des compétences locales, former les jeunes sur place, transporter la technologie au niveau de l’Afrique ici, doter les jeunes africains d’outils de développement économique, culturel et scientifique. Avec ces mesures, le coût des études sera réduit à l’étranger et l’immigration va être limitée. Même les experts européens qui sont en retraite peuvent venir donner des cours dans les universités ici », Suggère-t-il.

Cet avis est partagé par Sanoussy Dansoko, un ancien d’ECES (Centre européen d’appui électoral). Celui-ci demande la mise en place des stratégies pour détourner les jeunes de cette envie de quitter leur pays. «Quand on prend les années 2016 et 2017, cette période est marquée par l’immigration massive des jeunes guinéens vers l’Europe juste pour la recherche du bien-être. Donc, il est vraiment important de mettre des stratégies devant permettre de décourager cette immigration qui bat son plein afin que la jeunesse guinéenne puisse s’investir en Guinée. Il faut financer des projets dont les jeunes sont porteurs. Cela permet de lutter contre cette immigration clandestine qu’on a connue surtout entre 2016 et 2017. Cette stratégie contribuera en outre à favoriser la sensibilisation auprès de cette couche juvénile. Nous savons que l’UE demeure le premier partenaire de la Guinée en matière d’investissements, de commerce, de développement humanitaire, etc. Moi, je suis d’accord que ces dernières années, l’Union Européenne a débouché sur des progrès, mais beaucoup restent encore à faire», a-t-il fait observer.

Comme ses prédécesseurs, Sanoussy Dansoko pense au renforcement des capacités des jeunes guinéens notamment dans les domaines techniques et professionnels. «Nous avons besoin d’être renforcés en capacité. Parce que tout ce que nous vivons aujourd’hui est dû au manque de formation des jeunes. La formation nous permet de nous prendre en charge et de faire des choses qui vont dans le bon sens pour ce pays. Nous avons besoin d’avoir des bourses d’études un peu spécifiques. Le constat qu’on fait, c’est qu’on a vraiment besoin de financer des domaines techniques et professionnels  dans ce pays. On n’a pas forcément besoin des juristes ou des économiques, puisqu’on en a assez. Mais on a besoin d’avoir des maçons, des plombiers, des électriciens parce que le pays est en chantier», souligne M Dansoko.

En conclusion, disons-le, l’Union Européenne joue un grand rôle dans le développement de l’Afrique. Mais, faute de nouvelles stratégies ou d’une nouvelle vision, l’impact de ces efforts de l’UE peine encore à être visible surtout au niveau du développement de la jeunesse qui d’être fascinée par l’Europe comme cet Eldorado naturel. Alors que l’Afrique, aux dires des grands économistes, est le continent d’avenir.