Fuite des cerveaux est bonne pour la recherche

Deux études publiées dans la revue britannique “Nature” montrent que les chercheurs ayant quitté leur pays d’origine sont plus cités que leurs homologues.

Albert Einstein, Marie Curie, Nikola Tesla… Ils ont tous, pour des raisons diverses et variées, quitté leur pays natal pour s’établir à l’étranger. S’il s’agit là de certains des esprits les plus brillants de notre histoire, qui se seraient certainement distingués n’importe où, le fait de pouvoir trouver l’environnement le plus propice à la conduite de leurs travaux et d’avoir l’occasion de collaborer avec d’autres scientifiques du monde entier a eu un impact crucial sur leur carrière. Ce phénomène reste d’actualité aujourd’hui, comme le prouvent deux études publiées cette semaine dans la revue scientifique britannique Nature.

La première, réalisée par une équipe menée par Cassidy Sugimoto, de l’université d’Indiana, concerne les articles scientifiques recensés dans le monde entre 2008 et 2015, soit environ 14 millions de publications, écrites par près de 16 millions de chercheurs. Sur cette période, 96 % de ces auteurs sont restés dans leur pays, tandis que les 4 % restants partaient à l’étranger. Ces scientifiques « mobiles », comme les surnomme l’étude, ont vu leurs articles être cités de façon nettement plus importante que leurs homologues « sédentaires ». Le nombre de références faites à leurs travaux augmente de 10 % pour les scientifiques nord-américains, à plus de 170 % pour des chercheurs originaires d’Europe de l’Est.

Une chasse aux cerveaux qui ne date pas d’hier

Les conditions de travail et les possibilités de financements expliquent en grande partie cette tendance. De tout temps, des pays ont multiplié les efforts pour attirer les plus brillants chercheurs de leur époque, comme ce fut le cas à des fins militaires et stratégiques lors de la Seconde Guerre mondiale ou de la guerre froide. Une autre étude menée par les docteurs Wagner, de l’université d’Ohio State, et Jonkers, du Centre commun de recherche de la Commission européenne à Bruxelles, a remarqué lors de leurs analyses que les pays bénéficiant d’un afflux régulier de nouveaux scientifiques étaient particulièrement bien représentés dans le classement des articles les plus cités.

L’Union européenne, avec ses frontières abolies, a par exemple vu son importance en la matière augmenter depuis 2000, alors que les États-Unis, qui continuent à être le pays où les articles les plus « populaires » sont publiés, sont plutôt sur la pente descendante depuis quelques années. Une tendance qui pourrait s’accentuer en raison de la politique migratoire voulue par le nouveau président américain Donald Trump.