Un étudiant français à l’UCAD ! Le fait est tellement rare qu’il mérite qu’on s’arrête. Ce jeune français s’inscrit et obtient sa Licence au département d’Histoire de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines à l’Université Cheikh Anta Diop.  

Un étudiant français à l’UCAD : entretien avecVincent Gachet

Originaire de la France et plus particulièrement de la commune de Touzac dans le département de la Charente, entre Angoulême et Barbezieux, Vincent Gachet, 22 ans, est un étudiant en licence au département d’histoire de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).

Après la fin des examens du second semestre et à la veille de son départ pour la France, le Journal Universitaire s’est entretenu avec lui à la bibliothèque du département d’histoire pour revenir sur les 3 ans qu’il a passé à l’UCAD.

Comment s’est passée votre intégration à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) ?

Je dirais que l’intégration a été relativement facile dans la mesure où le sénégalais est naturellement assez ouvert et les étudiants ne font pas exception à cette règle et pour la plupart, j’étais une curiosité. On m’a évidemment accueilli comme il se doit de la part des étudiants mais aussi de l’ensemble du personnel administratif. Mon intégration s’est rapidement faite, d’ailleurs j’ai été très surpris de cela et très heureux d’avoir été rapidement intégré.

Avez-vous reçu l’appui de certaines institutions telles que l’ambassade de France ou l’institut culturel français allant dans le sens de faciliter vos études à l’UCAD ?

Malheureusement non, parce que je ne les ai pas sollicités non plus. Mais si l’on pense par exemple à l’institut français, c’est plus dans un cadre culturel et il ne s’occupe pas vraiment des étudiants. Seulement l’ambassade aurait pu évidemment faire quelque chose et ils ont été informés de mon projet lorsque je suis allé à là-bas pour faire ma carte consulaire. Ils m’ont dit que si j’avais le moindre problème, ils pouvaient m’aider. Je ne les ai jamais sollicités dans la mesure où je suis entouré par beaucoup d’amis sénégalais. Je n’ai pas besoin des institutions françaises présentes au Sénégal.

Est-ce que vous avez rencontrez des problèmes durant vos premiers pas à l’UCAD ?

Non pas vraiment. Les problèmes pouvaient être d’ordre administratif parce qu’il y a toujours la question de la lenteur. Par exemple quand j’avais déposé mon dossier d’admission, je me posais la question quand est-ce que j’allais avoir la réponse parce que j’avais peur de ne pas être sélectionné et puis après, bien sûr, le démarrage des cours et tout cela. Entamant la première année évidemment on est pressé de commencer. C’est peut-être éventuellement ce que j’ai rencontré comme problème, mais je dois préciser que tout le personnel administratif a fait preuve d’un grand professionnalisme pour m’informer de tout ce qui se passait à l’université et je les en remercie.

Pourquoi vous avez choisi d’étudier l’histoire ?

On choisit l’histoire par passion et par envie. Effectivement c’est ce que j’ai fait. Je me suis toujours intéressé à l’histoire parce que pour moi il est important de connaître le passé pour mieux se projeter vers l’avenir pour reprendre un peu les propos de notre chef de département. Elle a tout fait raison, l’histoire est une grande richesse, ça nous amène à avoir une grande culture générale et l’histoire s’ouvre sur tous les domaines de la science.

L’étudiant Vincent Gachet à la bibliothèque du département d’Histoire

Il y a beaucoup de préjugés de l’occident par rapport aux universités africaines, pour avoir fait vos premières années d’études supérieures dans une université du continent, comment appréciez-vous la qualité de l’enseignement dispensé ?

Je ne remettrai jamais en cause la qualité de l’enseignement à l’UCAD dans la mesure où les enseignants tous sans exception sont très bien formés. Qu’ils aient été formés en Europe ou en Afrique parce que ces mêmes enseignants qui les ont formés en Afrique ont été aussi formés en Europe. Ils ont rapporté un savoir très riche et puis bon les universités africaines ont des qualités bien évidemment surtout l’UCAD qui est jusqu’à présent la meilleure université francophone et c’est un titre qui l’honore.

Vous ne regrettez pas d’avoir choisi une université africaine pour faire vos études supérieures ?

Je ne regretterai jamais ce choix, jamais.

En tant qu’étudiant étranger, comment vous avez vécu les perturbations récurrentes qui ont lieu au sein de l’espace universitaire ?

C’est vraiment un problème parce que je vois que l’université veut faire des efforts pour construire un calendrier universitaire normal, mais ce même calendrier est parfois perturbé par des grèves que ce soit du côté des enseignants comme des étudiants. Bien entendu, je peux comprendre les motivations de ces grèves, mais parfois j’ai l’impression que c’est abusif parce qu’elles remettent en cause le système universitaire et pénalisent vraiment les étudiants. Les sociétés africaines de manière générale sont des sociétés en pleine mutation donc il est normal qu’il y ait des mouvements contestataires pour essayer d’améliorer les domaines les plus importants qui permettront de construire un avenir meilleur pour le pays. De ce point de vue là je peux comprendre.

Ces grèves répétitives ont telles eu d’une certaine façon un impact sur votre cursus ?

Il y a parfois où je dois le reconnaître surtout cette année, elles m’avaient un peu démoralisé parce que je voulais absolument rentrer en France au mois d’août dans la mesure où je savais que j’allais poursuivre mes études au mois de septembre (inscription en master en France, ndlr). Je voulais vraiment finir avant la rentrée universitaire. Mais vous savez, je n’ai jamais connu l’université française donc, je ne peux pas dire s’il y a des mouvements, mais on m’a dit qu’il y a n’en pas beaucoup. L’université, je l’ai découverte au Sénégal alors vous voyez.

Que pensez-vous des réformes en cours de l’enseignement supérieur au Sénégal ?

D’abord par rapport au système LMD, je pense que c’est une bonne chose que l’université se soit octroyé ce système parce que c’est un système international qui permettra de faire en sorte que le diplôme de l’UCAD soit reconnu à l’extérieur. Toutefois, c’est la manière dont cette réforme est passée. Je pense que la plupart n’ont malheureusement pas compris cette réforme, c’est pourquoi il y a des problèmes de respect du quantum horaire, du nombre de cours ou de professeurs, etc. Je pense que c’est un processus et il va falloir que l’université essaye d’étudier assidûment cette réforme pour empêcher qu’il y ait d’autres problèmes à l’avenir.

Concernant l’augmentation des frais d’inscription, bon moi aussi j’en ai été victime parce que la première année j’ai payé 150 000 FCFA d’inscription et en deuxième année, j’ai payé 200 000 FCFA. Effectivement, 200 000 FCFA pour 5 mois de cours, je reconnais que c’est un peu rageant. Ce serait bien par exemple si cet argent servait à améliorer les conditions de vie des étudiants, mais jusqu’à présent on voit très peu de chose. Les amicales sont obligées de se mettre en mouvement pour exiger l’amélioration des conditions de vie des étudiants. Je ne sais pas où va cet argent, mais je ne pense pas que c’était le moment opportun pour le faire et puis on ne le fait pas d’un coup. C’est un processus, on ne peut pas dire aller l’année prochaine, on augmente les frais d’inscription.

Le fait que le Sénégal ait adopté le système LMD, est-ce que cela vous a incité à venir à l’UCAD ?

Ça n’a pas été une des raisons majeures, mais c’est vrai que c’est un avantage parce que j’aurai le même diplôme que mes collègues français.

Quelles sont vos endroits préférés à l’UCAD ?

J’ai plusieurs endroits préférés parce que je trouve que l’UCAD a un campus qui est esthétique. C’est très joli et agréable de s’y promener. Si l’on prend l’exemple de la bibliothèque universitaire aussi qui est un bâtiment avec une très belle architecture, malheureusement pas toujours très riche en ouvrages parce que les ouvrages sont un peu dépassés, c’est aussi le refuge des étudiants assidus. Il y a également le jardin de la faculté des lettres qui a été aménagé récemment où il est agréable de s’asseoir sur un banc lorsqu’il y a du soleil entre deux cours.

Après toutes ces années (3 ans) passées à l’UCAD, quels sont les meilleurs souvenirs que vous garderez de cette étape de voter cursus universitaire ?

Je me souviendrai toujours de mon premier cours parce qu’il a marqué mes premiers pas à l’université. Comme je rêvais de venir ici, c’est un rêve qui s’est réalisé. Le fait que j’aie franchi mon premier pas dans cet édifice, j’ai ressenti beaucoup d’émotion et j’avais hâte que ce cours commence. Je me souviendrais aussi du premier professeur que j’ai eu, un professeur que j’admire plus que tout. Il s’agit de Mlle Sokhna Sané qui fait preuve de beaucoup de rigueur même si elle fait parfois peur aux étudiants. Elle a beaucoup de rigueur et de mérite aussi.

Vous considérez-vous comme un ambassadeur pour les études supérieures en Afrique notamment auprès des étudiants français ?

Tout d’abord, je dois préciser que je ne suis pas le premier étudiant français de l’UCAD et même du département d’histoire d’ailleurs. On m’a fait savoir que d’autres m’ont précédé. Mais, c’est vrai que ça fait plusieurs années qu’un européen n’est pas venu étudier à l’UCAD. Maintenant dire que je suis un ambassadeur, oui dans la mesure où je représente mon pays à l’UCAD en quelque sorte. Mais j’espère que d’autres suivront mon exemple parce qu’il ne faut pas se mentir en disant que les universités africaines ne sont pas bien. Il faut reconnaître qu’il y a des étudiants africains qui sont en Europe et ne se gênent pas de dire que les universités en Afrique n’ont rien de bien. Or c’est une erreur.

Je pense qu’en toute chose, ce qui est important, c’est l’expérience et c’est ce qui est le plus enrichissant quelle que soit l’université que l’on choisit. L’expérience est importante parce qu’elle nous ouvre sur le monde et l’ouverture sur le monde d’aujourd’hui, c’est fondamentale parce que l’on est dans l’ère de la mondialisation et les peuples se rencontrent, se mélangent. Je crois qu’il n’y a pas forcément lieu de se limiter à son pays. Il faut aussi s’ouvrir sur d’autres cultures. L’Afrique, c’est vrai à une culture différente de l’Europe, mais il est important aussi de voir comment d’autres personnes vivent dans une autre zone du monde et quelle est l’attitude des étudiants dans une université africaine. J’ai remarqué une chose, c’est qu’ils sont beaucoup plus assidus et plus méthodiques qu’en Europe.

Je suis parti avec l’idée que je veux faire histoire pour être professeur dans un lycée et quand je vois les étudiants me dire que je veux faire doctorat pour être enseignant-chercheur et bien ça m’a poussé à faire la même chose. Ça a augmenté mon degré de motivation.

L’université étant inséparable de la société, avez-vous appris des choses quant au fonctionnement de la société sénégalaise durant votre séjour à l’UCAD ?

Oui, on apprend beaucoup de choses du fonctionnement de la société sénégalaise que ça soit à l’université quand il y a des débats sur des faits de société, mais aussi en observant les gens qui nous entourent. Donc c’est sûr que bon quand je suis venu en vacances au Sénégal, je me dis que finalement, je ne connaissais pas ce pays. Je connaissais pourtant déjà un peu l’histoire, je m’étais renseigné, mais ce n’est pas de cette façon que l’on connaît le Sénégal. Il faut aussi voir la culture, comment les gens vivent. L’université est un lieu intéressant parce qu’il y a des étudiants de plusieurs régions, de plusieurs ethnies qui sont là et se fréquentent.

Je vois souvent qu’il y a de petites blagues entre les sérères et les peulhs. Je sais que c’est amusant, mais ce qui est beau à voir, c’est la cohésion qu’il y a au Sénégal entre les ethnies et aussi par rapport à la pratique religieuse. Il y a deux religions au Sénégal, l’islam qui est la religion la plus importante, mais il y a aussi le christianisme. Le Sénégal est un exemple en matière de cohabitation religieuse et on le voit à l’université parce que parfois quand on étudie l’histoire des religions, on peut être amené à faire des débats, mais personne ne va discréditer une autre religion au profit de la sienne.

Le Sénégal est un pays relativement mature, même du point de vue de la politique parce que je m‘intéresse beaucoup à la politique du Sénégal. On pense ce que l’on veut de tel ou tel homme politique, mais le Sénégal est un exemple en matière de démocratie, c’est ce qui l’honore. C’est un pays pour moi qui a beaucoup de mérite, du potentiel et qui devrait se développer. Je le souhaite plus que tout.

Pensez-vous réussir votre insertion professionnelle avec le diplôme de l’UCAD ?

Pourquoi pas. Je dois vous avouer que c’est un projet, si un jour on m’offre l’opportunité de venir enseigner à l’UCAD, je prends tout de suite. Donc avoir un diplôme de l’UCAD, c’est évidemment un avantage.