Concepteur de la 1ère imprimante 3D sénégalaise

La recherche de solutions peut déboucher sur des innovations. C’est dans ce registre qu’il faut classer la première imprimante 3D fabriquée par le Sénégalais Mouhamed Demba Diop âgé de 23 ans.

Dans son quartier de la Patte d’Oie Builders, Mouhamed Demba Diop se fond dans la masse. Il est relaxe le jour de notre entretien. Lunette de soleil, il porte une chemise, près du corps, rayée de bandelettes blanches et rouges. Il est ressorti de chez lui pour nous accueillir avec des sandales. Il est resté égal à lui-même malgré les interviews qu’il enchaîne avec des organes de grandes audiences et des télévisions régionales. Ce Sénégalais, âgé de 23 ans, est sorti de l’ombre depuis qu’il a conçu une imprimante 3D. C’est le père de la première imprimante 3D conçue au Sénégal.

Cette technologie est une structure en bois. Quatre petits moteurs font fonctionner l’appareil. Certains sont accrochés sur une planche, d’autres sont entre les planches. L’appareil est muni de rails. L’objet à imprimer est posé sur une vitre soutenue par des rails. De petits fils verts relient le système. L’appareil, d’apparence banale, est d’une grande utilité. Le jeune Mouhamed Demba Diop peut concevoir tout type d’objets ou de motifs de son choix. « Si vous voulez un objet particulier, vous avez besoin d’aller dans une usine pour faire la commande. Or, il faut y commander plusieurs unités. Certains techniciens ou des tailleurs, par exemple, n’ont pas suffisamment d’argent pour cela. Donc, avec cette imprimante, vous avez besoin tout ce que vous voulez en termes de forme », vante ce jeune qui a fait ses études primaires et secondaires à Thiaroye.

Son imprimante facilitera le travail des techniciens opérant dans d’autres secteurs de la vie professionnelle. Le jeune contribuera à la réduction du temps de conception, de fabrication des objets et d’accessoires dans d’autres domaines de la vie active. Du moins, s’il parvienne à mettre plusieurs unités sur le marché. « Avec l’imprimante 3D, nous pouvons gagner plus de temps dans la conception des accessoires ou la fabrication de pièces », ajoute le jeune technicien supérieur.

A l’origine de l’innovation
Les pièces sont façonnées dans des matières plastiques. Comme un peintre, le jeune a utilisé plusieurs pièces de machines à photocopie pour fabriquer son imprimante 3D. Cette innovation est la résultante de la recherche de solutions à un problème que Mouhamed Demba Diop était confronté. « J’avais besoin d’un matériel en format plastique. Et j’ai vu que l’imprimante 3D pouvait m’aider. J’ai jeté un coup d’œil sur Internet. Et, comme je suis un bricoleur, j’ai essayé d’en fabriquer une », raconte l’innovateur. Le bricolage était un jeu d’enfant. C’est pour cela qu’il n’a pas voulu perdre du temps à la Faculté des sciences et techniques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Après la première année, il a décidé de s’orienter vers une formation plus pratique, plus technique. C’est ainsi qu’il s’est inscrit à l’Institut supérieur de formation professionnelle à Colobane. Au bout de deux ans, il acquiert des connaissances et des compétences en électrotechnique qui lui permettent de s’épanouir. « Je suis en train de travailler sur d’autres innovations. Je pense aussi qu’elles seront d’une grande utilité », confie l’électrotechnicien. Il a reçu des encouragements d’un ministre. Il a été contacté par des industriels. Mais il a beaucoup échangé avec des Sénégalais de la Diaspora évoluant dans le domaine des technologies d’impression 3D. Mouhamed Demba Diop n’a pas résisté à ces technologies. « J’ai été toujours fasciné par l’imprimante 3D », dit-il. L’électrotechnicien a résolu un problème. Certes aujourd’hui, il peut concevoir des objets et des accessoires de diverses formes, mais il n’est pas sûr de fabriquer plusieurs imprimantes qui seront mises sur le marché. « Nous ne pouvons rien faire de plus sans le soutien des autorités et des bonnes volontés. Nous pouvons faire mieux si nous avons des moyens », a lancé ce Sénégalais qui n’a pas encore son espace d’expression. C’est dans la maison familiale à la Patte d’Oie Builders qu’il fait des assemblages. Il voit grand depuis qu’il a rendu publique son innovation. Mais il lui reste du travail à faire.

Le procédé 3D
Le premier prototype n’est pas encore affiné, même si l’appareil conçoit des objets et des accessoires qui n’ont rien à envier à ceux fabriqués par des imprimantes modernes. L’impression 3D est un procédé de conception de pièces. Le concepteur dessine l’objet grâce un outil de conception assisté par ordinateur. Des logiciels font ressortir les différentes formes. Après cette étape, le format de la pièce est moulé jusqu’à l’obtention de la pièce finale. Elle a fait son apparition au début des années 2000. Il est difficile d’attribuer la paternité de l’invention à une personne, à une société, à un institut de recherche, parce que pour beaucoup, ce sont différentes inventions dans ce domaine qui ont rendu possible la mise au point de la technologie de l’impression 3D.

En réalité, elle relevait de la science fiction pour Arthur C. Clarke qui évoquait une machine à répliquer dans les années 1960. Quelques années plus tard, trois français Jean-Claude André, Olivier de Witte et Alain le Méhauté, pour l’entreprise Cilas Alcatel, déposent le premier brevet sur la fabrication « additive ». En fin de compte, on attribue la paternité de l’invention de l’impression 3D à l’américain Charles Hull qui avait reçu le Prix de l’Inventeur européen en 2014 dans la catégorie inventeur non-européen.