Augmentation des frais d'inscription et de scolarité au Gabon

L’augmentation importante et soudaine, dès la rentrée prochaine, des frais d’inscription et de scolarité à l’université provoque une polémique au Gabon. Le recteur de l’université affirme que l’augmentation était nécessaire et sera indolore, les étudiants et leurs représentants dénoncent une mesure « brutale ».

Le décret publié fin juillet par le ministère de l’Enseignement supérieur du Gabon a provoqué un véritable tollé, et pour cause : l’augmentation des frais d’inscription à l’université, qui entrera en vigueur dès la rentrée prochaine, est très forte.

Les étudiants de la 1ère à la 3e année devront débourser 9 000 francs CFA, au lieu des 5 000 francs CFA en vigueur jusque-là (de 7,62 euros à 13,72 euros). Pour les étudiants en master, la facture passe de 20 000 à 75 000 francs CFA (de 30,49 euros à 114,34 euros), et il faudra débourser 75 000 francs CFA pour entrer dans le cycle de doctorat.

Le décret ministériel prévoit également une augmentation substantielle des tarifs pour les étudiants salariés, qui doivent désormais débourser entre 650 000 et 1 million de francs CFA (990 euros et 1 500 euros) pour s’inscrire.

« C’est une décision injuste »

La première salve contre ce décret a été tirée vendredi 4 août, par l’ONG Educaf, lors d’une conférence de presse. « Il n’est pas question de penser que c’est sur le dos de l’enfant pauvres, démunis, qu’ils vont construire les écoles et les établissements scolaires. C’est une décision injuste », a alors dénoncé Geofroy Foumboula Lébika, président d’Educaf.

« Ce que nous proposons au gouvernement, par contre, c’est de rapatrier les biens mal acquis. Je pense que cela peut bien répondre à tous les besoins de l’éducation », ajoute-t-il.

Un discours qui trouve un écho fort sur le campus de l’Université Omar Bongo, qui compte 24 000 étudiants. « Nous sommes plus que fâché ! », lançait au micro de RFI, vendredi, un étudiant promettant par ailleurs que « cette mesure ne va pas perdurer, parce que nous allons mettre tout en œuvre pour que cette mesure soit retirée. »

« Le gouvernement veut tuer l’élite nationale »

Pour un autre étudiant, cette mesure « est une manière de faire en sorte que l’enseignement public soit désormais limité à une seule catégorie de personnes : ceux qui peuvent payer ».

Jugeant la mesure « brutale », un troisième étudiant estime que « le gouvernement veut tuer l’élite nationale ». « Cette augmentation n’est qu’une manière de paupériser l’étudiant déjà appauvri et de le chasser du système éducatif gabonais », glisse enfin un autre.

« Nos universités sont au pied du mur »

Ce samedi, le professeur Serge Loungou, conseiller du recteur de l’Université Omar Bongo, a répondu pour RFI à ces critiques. Il se dit serein vis-à-vis de cette décision « qui aurait dû être prise depuis longtemps ».

« En 1991, l’État avait pris un décret fixant l’autonomie des universités. A force de renvoyer à plus tard ce qui devrait être fait, aujourd’hui, vous finissez par vous retrouver au pied du mur. Et ce qui fait qu’aujourd’hui, nos universités sont au pied du mur », précise le porte-parole du recteur.

Le professeur soutient par ailleurs que ces augmentations – qu’il considère indolores – profiteront aux étudiants. « Ce n’est pas une mesure contre les étudiants, mais c’est une mesure pour les étudiants. Et encore une fois, 50 000 francs, 75 000 francs et 100 000 francs… Je suis désolé, mais ce n’est pas la mer à boire ».

Une réponse qui aura du mal à convaincre la majorité des étudiants, qui rejettent cette mesure impopulaire et promettent de paralyser les universités dès la prochaine rentrée académique. Certains d’entre eux, cependant, suggèrent qu’avant l’application de cette mesure, le gouvernement doit au préalable signer un engagement de construire des nouveaux amphithéâtres, des laboratoires, des dortoirs, des toilettes et même doter tous les établissements de Wifi.

rfi.fr