Arrivée difficile des étudiants africains à l'étranger

La rentrée à Corte révèle à quel point l’installation de la communauté estudiantine internationale peut être difficile. Sans logement, une trentaine d’étudiants africains voient se dresser des barrières partout. Et les mains bienveillantes se tendre…

La réunion d’information est discrète, dans une salle annexe de la bibliothèque universitaire. Face aux représentants des composantes concernées par l’arrivée des étudiants étrangers, des yeux baissés, des mines effacées et penchées sur des blocs-notes à l’écoute de tout ce qui leur est communiqué. Excès de timidité ? Malheureusement non. Sur le campus cortenais, la rentrée n’est pas joyeuse pour tout le monde.

Tour de table. Un étudiant guinéen s’exprime. Son ras-le-bol est palpable. Il raconte son histoire, celle d’un jeune homme arrivé à Corte, “avec 4 valises”. Pour se retrouver sans logement… Gros problème, qui en induit bien d’autres… Car une adresse est indispensable. Pour un titre de séjour, l’ouverture d’un compte bancaire, sans parler de l’indispensable pied-à-terre pour suivre des études loin de chez soi dans des conditions acceptables. Un autre étudiant lève la main, il avoue qu’il a réussi à se faire héberger… jusqu’à ce matin.

“Ne vous inquiétez pas, vous ne dormirez pas dehors ce soir”

“Et maintenant ?” L’étudiant secoue la tête, désabusé, en guise de réponse. Comme beaucoup d’autres, il a profité de la main tendue d’une connaissance qui lui a ouvert sa porte, mais…

La fibre de l’assistance sociale de l’université s’impose alors face au désarroi : “Venez me voir dans mon bureau, après la réunion. Ne vous inquiétez pas, vous ne dormirez pas dehors cette nuit” , glisse spontanément Sophie Rossi qui nous avouera, quelques minutes plus tard, qu’elle n’avait pas pour autant de solution à l’instant où elle s’efforçait de rassurer l’étudiant.

“Je vais d’abord voir avec le Crous, même si je sais par avance que leur parc locatif est saturé, puis je vais chercher une chambre d’hôtel pour laquelle je tâcherai de débloquer un financement d’urgence.” Le service social du campus est rompu à la gestion de ce genre de situation, mais cette année, le contexte semble vraiment tendu. Il a motivé la programmation d’une série de réunions d’information entre le 21 septembre et le 18 octobre prochain.

“Je n’avais jamais vécu une rentrée aussi difficile, confie Angèle Ostiensi, responsable de la division de la vie étudiante au centre régional des œuvres universitaires et scolaires. Une trentaine d’étudiants internationaux sont actuellement sans logement.” Un constat, incontournable, malgré tout. Autour de la table, comme dans l’attente d’un signe encourageant auprès des services compétents, une majorité d’étudiants africains.

Les explications existent, d’abord au niveau du cadre dans lequel les étudiants étrangers s’inscrivent à l’université de Corse. “Ceux qui viennent d’Afrique ne figurent pas dans les programmes d’échanges, comme les étudiants européens d’Erasmus, souligne Pauline Moynault, du service relations internationales de l’université. Dès lors, ils sont davantage livrés à eux-mêmes par rapport aux Erasmus qui disposent, quant à eux, de leur chambre à leur arrivée et d’un encadrement particulier.”

Les autres, c’est certain, partent plus ou moins dans l’inconnu. Sophie Rossi tempère, en attirant l’attention sur l’étudiant guinéen plutôt remonté pendant la réunion d’information. “Parce qu’il avait vraiment préparé son séjour en amont, mais la situation est telle qu’il n’a pas de logement. Alors, imaginez ceux qui quittent leur pays sans avoir pris un minimum les devants. Parce qu’il y en a…”

Trop souvent, un départ dans l’inconnu

L’éloignement, le choc des cultures, la méconnaissance de ce que peut représenter un campus universitaire en Europe, qui plus est au centre de la Corse… “Leur regard ne correspond pas toujours à la réalité. Un exemple, confie l’assistante sociale, certains s’imaginent, en pensant à Corte ville universitaire, qu’ils vont facilement y trouver un job étudiant. Ils se disent aussi que, s’il y a un Crous, il y a forcément des chambres d’étudiant.” La question de l’obtention d’un visa perturbe également la donne, autant que les demandes tardives, parfois consécutives, aussi, à un premier voeu d’inscription ailleurs, donc au transfert d’un dossier d’un Crous continental à celui de Corse.

Pour couronner le tout, le très faible pouvoir d’achat apparaît dans les échanges visant à trouver une solution. “Au restaurant universitaire, pour seulement 3,25 euros, vous avez un repas très complet. Avez-vous déjà mangé au Resto U ?”, interroge Nadine Marchioni. Autour de la table, toutes les réponses sont négatives.

La responsable de la maison de l’étudiant au Crous n’est pas surprise. “J’ai vu par le passé des étudiants dormir dans des voitures avant de venir boire un café et faire leur toilette chez nous”, nous confiera-t-elle après la réunion. “Un étudiant africain m’avait confié que son père, ambassadeur, ne gagnait que l’équivalent de 600 euros par mois.”

À partir de cet éternel casse-tête du logement qui révèle bien d’autres tracas, c’est à l’urgence que les services universitaires sont aujourd’hui confrontés. En attendant la mise en oeuvre d’un cadre plus à même d’anticiper. “C’est justement le but du schéma directeur de la vie étudiante”, fait remarquer Sophie Rossi.

Au-delà de parer au plus pressé, on compte aussi sur la réflexion plus concertée. Celle qui mise sur le long terme pour en sortir.

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