
Encadrer l’IA générative dans les universités sénégalaises
L’intelligence artificielle générative transforme déjà les pratiques d’enseignement, d’apprentissage et d’évaluation dans le supérieur. Pour les universités sénégalaises, l’enjeu est désormais de définir un cadre institutionnel clair, tout en tenant compte des différences d’accès aux outils et des besoins des communautés académiques.
Un rapport met en lumière des perceptions divergentes
Présentée par l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane, une étude sur l’IA générative dans l’enseignement supérieur sénégalais s’appuie sur les réponses de 5 037 étudiants et 159 enseignants. Elle couvre plusieurs universités publiques, des instituts spécialisés et des établissements privés.
Les personnes interrogées ne partagent pas les mêmes perceptions sur plusieurs questions, notamment la conscience éthique, la créativité et la qualité des contenus produits par ces outils. Ces écarts rendent nécessaire un dialogue entre enseignants et étudiants, mais aussi des règles compréhensibles, définies et communiquées à l’échelle des cours et des établissements.
Des règles institutionnelles à préciser
Le rapport recommande aux enseignants de définir et de communiquer explicitement les règles d’utilisation de l’IA générative dans chacun de leurs cours. Les étudiants, de leur côté, sont invités à développer une culture de l’usage déclaré et transparent, et à vérifier les informations produites, en particulier celles qui concernent le contexte africain.
À l’échelle nationale, l’étude recommande que la Stratégie nationale d’intelligence artificielle de 2023 soit déclinée en directives opérationnelles pour l’enseignement supérieur. Cette proposition relève directement de la gouvernance universitaire : elle pose la question de la répartition des responsabilités entre l’État, les établissements et les équipes pédagogiques. Les éléments présentés dans le rapport ne permettent toutefois pas d’affirmer qu’un tel cadre a déjà été adopté.
Accès, formation et évaluation
Le rapport décrit plusieurs trajectoires possibles pour les cinq à dix prochaines années. Dans celle d’une intégration maîtrisée, les institutions adopteraient des politiques claires, élargiraient l’accès aux outils et renforceraient la formation des enseignants. Ce scénario prévoit aussi une révision des modalités d’évaluation et l’apprentissage d’un usage critique par les étudiants.
À l’inverse, une adoption spontanée et inégale, sans intervention institutionnelle, pourrait accentuer les écarts entre les personnes disposant d’une bonne connexion et les autres, ainsi qu’entre établissements et disciplines. Le rapport évoque également le risque d’une dépendance mal maîtrisée, susceptible d’affaiblir certaines compétences fondamentales si les usages progressent sans formation ni adaptation des évaluations.
Pour les établissements, l’encadrement de l’IA générative ne se résume donc pas à autoriser ou interdire un outil. Il s’agit de fixer des règles communes, de former les enseignants et de permettre aux étudiants de s’en servir de manière transparente et critique.
Références : aps.sn


