L’enseignement supérieur au Sénégal en 2016 : éléments de rétrospective

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Il est de coutume, lorsqu’une année s’éteint et qu’une autre jaillit, d’établir un bilan. Il s’agit en général d’une rétrospective des étapes qui ont jalonné l’évolution d’un secteur, d’un phénomène voire des individus eux-mêmes. Le Journal Universitaire consacre alors cette tradition. Il s’interroge sur la vie d’un secteur stratégique pour le développement économique et social du pays : l’enseignement supérieur au Sénégal en 2016. L’approche adaptée dans cet article renonce à un passage en revue des différents évènements ayant marqué le secteur. Il établit une vue synthétique permettant de comprendre très facilement l’essentiel de ce qui caractérise le secteur dirigé par le Professeur Mary Teuw Niane à l’entame de l’année 2017.

L’enseignement supérieur au Sénégal en 2016

Un leadership de mieux en mieux affirmé

Trois ans après la déclinaison de ses axes stratégiques lors de la CNAES puis du Conseil présidentiel sur l’avenir de l’enseignement supérieur et de la recherche, le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche au Sénégal est en train d’opérer sa mue. En effet, le secteur connaît plusieurs mutations positives marquées par :

  • Le lancement de nouveaux chantiers dans le domaine des établissements d’enseignement supérieur à l’instar des centres universitaires délocalisés, des instituts supérieurs d’enseignement professionnel et des espaces numériques ouverts.
  • La modernisation des laboratoires de recherche des universités publiques et instituts d’enseignement supérieur qui ont reçu d’importants lots d’équipements scientifiques.
  • L’investissement de plus de 700 millions de nos francs pour l’acquisition d’un microscope électronique.
  • L’abonnement aux bases de données scientifiques internationales (Science direct, Scopus, Cairn.info, etc.)
  • La signature d’une convention de 250 milliards de FCFA avec l’Afrique du Sud pour la promotion des sciences et technologies.
  • La signature d’une convention avec le secteur privé (UBA et Amsa Assurance) pour la réalisation de complexes universitaires d’excellence d’un coût global de 52 milliards à l’horizon 2018

L’élargissement de la carte universitaire

Dans l’objectif de répondre au flux de nouveaux bacheliers, les autorités du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR) ont mis en œuvre un certain nombre de mesures tendant à l’élargissement de la carte universitaire dans le pays. Ces mesures sont les suivantes :

  • Renforcement des capacités d’accueil des universités existantes (UCAD, UGB, UT, UADB, UASZ) et en cours de réalisation grâce aux ressources inscrites dans le budget consolidé d’investissement (BCI) de 2013 ;
  • Construction (en cours) de l’université Amadou Mahtar Mbow (UAM) et de l’Université du savoir à Diamniadio ;
  • Signature en 2016 d’une convention entre l’AFD et l’Etat du Sénégal dans le cadre du projet ISEP. Ce projet financé par l’AFD à hauteur de 20 millions d’euros (13,1 milliards de FCFA), consiste en la création de deux instituts supérieurs d’enseignement professionnel, à Bignona et à Richard Toll, dédiés principalement aux métiers agricoles et agro-industriels ;
  • Sortie du décret portant création de l’ISEP de Diamniadio, le 14 juin 2016 ;
  • Convention entre le MESR et le FONSIS : 25 milliards pour accompagner l’ISEP de Diamniadio ;
  • Démarrage de la construction des Espaces Numériques ouverts (ENO) de Louga, Diourbel, Guédiawaye, Saint-Louis, Pikine, Kolda, Sédhiou, Tambacounda, Ourossogui et Thiès.

L’affirmation progressive de l’UVS

Depuis son avènement, l’Université Virtuelle du Sénégal a été présentée comme un élément de réponses aux nombreux dysfonctionnements notés auparavant dans le système de l’enseignement supérieur et de la recherche. Même s’il est difficile de trancher le débat entre les promoteurs et les pourfendeurs des UVS, il y a lieu de consigner quelques points marquants des UVS en cette fin d’année :

  • Une contribution remarquable à la prise en charge de la forte demande notée dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche ;
  • Une prise en compte des exclus du système traditionnel d’orientation des nouveaux bacheliers facilitant ainsi l’accès à la formation supérieure des personnes à mobilité réduite, etc ;
  • Des enseignements faisant usage des technologies de l’information et de la communication ;
  • Des Espaces Numériques Ouverts dans plusieurs endroits du pays mettant à la disposition des étudiants des équipements, des ressources et des outils informatiques pour un enseignement de qualité ;
  • Des offres de formation diversifiées dans tous les domaines de savoir, notamment en mathématiques appliquées, en informatique, en sciences économiques et gestion, dans les filières transversales ;
  • Un maillage du territoire national en termes d’offres de formations supérieures pour les candidats répondant aux conditions d’accès de l’UVS ;
  • Un encadrement jugé parfois meilleur que dans les universités publiques déjà existantes.
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De la reconnaissance au niveau national et international

L’année 2016 peut être à juste titre considérée comme celle de la mise en œuvre des réformes universitaires. Parmi celles-ci figurent des décisions majeures exigeant une adaptation aux règles et aux modalités des classements et des équivalences bien définis. Une telle mise en cohérence nécessite l’examen de la légalité et de la qualité des diplômes d’enseignement supérieur conformément aux standards nationaux et internationaux et dans le respect des prérogatives définies par les institutions. À ce titre, des décrets ont été signés et des commissions installées pour la bonne marche de l’enseignement supérieur sénégalais. Quelques éléments importants à relever sont : (i) à titre de rappel, la Commission nationale de classement des niveaux de formation, créée par le décret n° 84-561du 15 mai 1984, était chargée d’apprécier et de proposer le classement du niveau des diplômes, certificats et attestations divers sanctionnant des formations organisées tant à l’étranger qu’en territoire sénégalais ; (iii) une Commission technique installée pour la reconnaissance des diplômes chargée de la reconnaissance et du classement des diplômes de l’enseignement supérieur public et ceux du privé reconnus par le Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES) ou par l’Autorité nationale d’assurance qualité de l’enseignement supérieur (ANAQ-sup) qui s’active résolument dans l’exercice de sa mission.

L’année 2016 aura également marqué les esprits en raison des grandes performances dont le personnel enseignant a fait montre. En effet, plusieurs enseignants se sont distingués au cours de l’année dans plusieurs domaines. C’est le cas du concours d’agrégation de médecine humaine, pharmacie odontostomatologie, médecine vétérinaire et de productions animales qui a enregistré un taux 85% de réussite. Et parmi les lauréats, il y a eu le Professeur Sidy Mohamed SECK de l’UGB qui est sorti major du jury Médecine et Spécialités médicale. Il y a aussi eu le Professeur Daouda Ndiaye, Chercheur de l’UCAD, qui a révolutionné  le test de diagnostic et de dépistage du paludisme en mettant au point un test de diagnostic rapide du paludisme appelé « Illumigene Malaria » après quinze (15) ans de recherches.

Au chapitre des distinctions, des étudiants se sont aussi inscrits. Il s’agit, à titre d’exemple, de :

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Peut mieux faire…

Évidemment, le tableau du secteur de l’enseignement supérieur au Sénégal en 2016 ne comporte pas que des notes positives. Sans être lugubre, le plancher renferme des points noirs consistant notamment à des aspects à améliorer par les gouvernants et les acteurs du système.

Système d’orientation des nouveaux bacheliers

Le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche a depuis le 3 juillet 2013 mis en pratique une nouvelle procédure d’orientation des nouveaux bacheliers dans les universités publiques. Une procédure se matérialisant par l’usage d’internet à travers un portail web orientation.campusen.sn où les nouveaux bacheliers sont informés des différentes procédures nécessaires pour prétendre à des études supérieures dans les universités publiques du Sénégal. Le caractère innovant de cette nouvelle procédure est à saluer. Cependant, des améliorations dans ce système d’orientation des nouveaux bacheliers seraient nécessaires notamment :

  • Donner des possibilités de choix plus raisonnables (moins que les 18 actuels) sur Campusen
  • Procurer une orientation dans des filières de formation correspondant aux choix et aux profils des nouveaux bacheliers
  • Apporter plus de promptitude dans la publication des différentes listes d’orientation afin de minimiser le temps d’attente et de souffrance des jeunes bacheliers
  • Faciliter l’accès à la plateforme Campusen durant la période des orientations

Gestion des bourses destinées aux étudiants

S’il est un problème qui bouleverse encore et toujours la quiétude dans nos universités, c’est bien le paiement des bourses d’étude. Malgré la bancarisation, les étudiants éprouvent jusqu’à présent des difficultés pour percevoir leur allocations. Cet état de fait peut être résolu par la mise en œuvre de certaines mesures dont les suivantes :

  • Veiller à la rapidité de la délivrance des cartes GAB aux étudiants
  • Favoriser l »intégration des autres banques dans le processus de paiement des bourses d’étude afin de multiplier les points de perception et réduire le temps d’attente des étudiants
  • Veiller au paiement à temps des rappels de bourses.

Logement des étudiants

Loger décemment les étudiants dans les universités publiques au Sénégal constitue aujourd’hui une urgence au regard de l’augmentation rapide de leur nombre.

La démolition plus que justifiée de plusieurs pavillons (préfabriqués) au sein du campus social de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar a exacerbé le problème déjà lancinant du logement des étudiants dans la plus grande des universités. Cette situation oblige désormais les autorités du centre des œuvres universitaires de Dakar à jouer les équilibristes pour tenter de répartir quelque 5 411 lits à plus de 90 000 étudiants. C’est par 6, voire 8 que les étudiants s’entassent dans les chambres trop exiguës pour les accueillir ou squattent les couloirs des pavillons pour les moins chanceux.

Le mal du logement étudiant à même atteint l’université Gaston Berger de Saint-louis qui, jusque récemment, était la mieux nantie. Ne parlons pas des nouvelles universités dont certaines ont leur campus éparpillés un peu partout dans les villes où elles se localisent.

La prise en charge de la question du logement des étudiants interpelle au plus haut point les autorités de l’enseignement supérieur, car elle constitue un facteur important dans le combat pour l’amélioration des taux de réussite dans les universités. Elle participe aussi de la paix et de la stabilité des différents campus.

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Augmentation du personnel d’encadrement

En plus d’un déficit infrastructurel qui impacte sur leur capacité d’accueil, les universités sénégalaises doivent faire face au déficit de personnel d’enseignement et de recherche (PER). L’augmentation fulgurante des effectifs d’étudiants dans les universités publiques ces dernières décennies n’a pas été accompagnée par des recrutements massifs et réguliers de PER. Par conséquent, le manque de PER remet en cause la qualité de l’enseignement universitaire en fragilisant le dispositif d’encadrement.

En effet, on ne peut que difficilement imaginer les conditions dans lesquelles les  enseignants arrivent à dispenser leurs cours. Ils se trouvent souvent dans l’obligation de faire des heures supplémentaires ou de prendre sur leurs jours de congé afin de pouvoir terminer leurs enseignements. Il est désormais fréquent de voir un seul enseignant prendre en charge plusieurs cohortes d’étudiants simplement pour permettre au système de continuer à fonctionner.

Le déséquilibre entre le nombre de PER et celui des étudiants est davantage perceptible pour ce qui est de l’encadrement des travaux de recherche : mémoires et thèses. À titre d’exemple, à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) qui compte près de 100 000 étudiants, on voit régulièrement un enseignant encadrer 70 voire 100 étudiants alors que le ratio préconisé par l’UNESCO est d’un enseignant pour 30 étudiants. Le recrutement conséquent de PER apparaît comme une condition nécessaire pour l’atteinte de l’objectif ultime de la réforme en cours, à savoir la mise en place d’universités performantes.

Solutions durables à la crise universitaire

Une fois n’est pas coutume, a-t-on l’habitude de dire. Mais l’année 2016 n’a pas été une exception dans les grèves récurrentes que connaît depuis plusieurs années maintenant l’enseignement sénégalais en général et l’université sénégalaise en particulier. Le combat entre l’État  du Sénégal et les syndicats des enseignants, avec le SAES comme figure de proue, a encore une fois de plus plombé beaucoup desperances dans le secteur de l’enseignement supérieur en 2016. Non seulement la stabilité tant souhaitée n’a pas été atteinte, mais des universités jadis épargnées par les troubles et les retards de calendrier ont sombré. C’est le cas de l’UGB où, jusqu’en décembre 2016, certaines UFR se sont débattues pour terminer des enseignements de premier semestre.

Les déclarations faites par le SAES laissent penser qu’il existe encore bien des points d’achoppement à prendre en compte dans la gouvernance du système. Il est clair que l’université sénégalaise ne peut connaître une sortie de crise que si les acteurs évoluant dans ce milieu acceptent de se mettre autour d’une table et de discuter des raisons de leurs divergences. Mais si le fait de discuter et de prendre ensemble des résolutions peut être considéré comme une solution, il n’est pas moins important de s’assurer que les différents points d’accord puissent être respectés par les parties concernées. L’une des principales raisons de discorde entre l’État du Sénégal (représenté par le MESR) et le SAES est le respect des accords signés. Voilà donc un point à ériger en priorité afin d’arriver à une année 2017 apaisée et à un espace universitaire définitivement stable.

Les membres de notre équipe présentent leurs meilleurs vœux à toute la communauté universitaire et à la société toute entière.